Mouloudji, souvenirs…
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Six feuilles mortes de San Francisco
Je t’envoie six feuilles mortes de San Francisco,
Des poissons volants volés à Valparaiso
Une vague de ciel, un joli clair de Terre
Un morceau d’océan, une cuillère de désert.
Je t’envoie un volcan, je t’envoie des oiseaux,
Des baleines, des haleurs, un typhon, des bateaux,
Une aurore boréale, une rivière, une poupée,
Et des étoiles tombées sur le pont du bateau
Au long de la croisière, je ne pense qu’à toi
Pas mis le nez à Terre, tant j’ai le mal de toi.
Je t’envoie six feuilles mortes de San Francisco
Trois soleils et trois lunes volés à Mexico
Un récif de corail, une petite sirène
Comme on en voit danser à minuit sur la Seine,
Je t’envoie des brillants du ciel d’Acapulco,
Une poignée de neige du Kilimandjaro,
Une rose de Rio, une araignée du soir,
Et dix mille kilomètres de « je t’aime » en sautoir.
J’en ai le mal ma chère, de ta chère chair en soie
J’en ai le mal de Terre, j’en ai le mal de toi.
Je t’envoie six feuilles mortes de San Francisco
Je t’envoie ces diamants qui rigolent sur l’eau
Je t’envoie mon amour et caresse la chaîne
Qui relie nos deux coeurs, du navire à la Seine.
« Un jour tu verras »

Les débuts dans la vie de Mouloudji sont plutôt difficiles. Il est né à Belleville dans une grande pauvreté. Son père est un émigré kabyle et sa mère une fervente catholique bretonne.
Auprès de ses parents il ne rencontre que tourmente et disputes.
Son père se noie dans l’alcool et sa mère dans une dépression. Avec son frère André, ils exercent une quantité de petits boulots de rue dont celui de chanteur.
A onze ans, il décroche un petit rôle dans un film sur Ménilmontant.

A l’adolescence, il s’inscrit aux Faucons Rouges, association proche du parti communiste.
Il n’a que treize ans, et il fait la connaissance de Sylvain Atkine, metteur en scène dans le groupe Octobre, association affiliée à la Fédération des Théâtres Ouvriers de France. C’est là qu’il rencontre des grands noms tels que Jean Louis Barrault ou Roger Blin.
Tres vite, c’est Marcel Duhamel qui le recueillera. Moulou le considèrera comme un père.
Grâce à Duhamel il fera la connaissance des plus grands, et notamment Jacques Prévert ainsi que les membres du groupe théâtral Octobre.


Il prend des cours de théâtre avec le Maître Charles Dullin.
En 1936, il joue dans son premier spectacle, Le Tableau des merveilles, inspiré de Cervantès sur une adaptation de Jacques Prévert.
Cette année là, il participe à l’immense mouvement artistique solidaire du front populaire et des grandes grèves. Avec beaucoup d’artistes, il joue dans les usines.

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Par Jacques Prévert, il rencontre Marcel Carné qui lui donne un petit rôle chantant dans « Jenny » en 1936.
Il n’a que 14 ans et sa carrière s’emballe, il enchaîne alors film sur film.
Le plus célèbre reste « Les Disparus de Saint Agil » de Christian Jaque en 1938. Il n’a que seize ans et est déjà une vedette de l’écran.


Au début de la Seconde guerre mondiale, il se réfugie dans le sud de la France, à Marseille en zone libre, avec le Groupe octobre. C’est là qu’il rencontre Francis Lemarque.

Francis Lemarque
Malgré l’ambiance chaotique de l’époque, il peut quand même travailler. Il évite le STO (Service du Travail Obligatoire) grâce à son frère qui était gravement malade, et qui se fit passer pour Moulou. A la fin de la guerre, il retourne à Paris où il exerce une foule de petits boulots.
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Il chante au Bœuf sur le toit et découvre le milieu artistique de Saint germain des Prés. Cette fréquentation le pousse à écrire un ouvrage de mémoire Enrico.
Il n’a que vingt ans et il reçoit le Prix de la Pléiade à la Libération en 1945.
Vers 1947, il se met à la peinture.


Mais c’est à la chanson qu’il s’intéresse pus particulièrement. Il chante Boris Vian ou Jacques Prévert dans les cabarets en vogue.
Il reste très présent sur les écrans. Il tourne dans des films devenus des classiques du cinéma français : Boule de suif (Christian-Jaque, 1947), Nous sommes tous des assassins (André Cayatte, 1952).

Dans Eaux troubles de René Calef en 1949, il joue même son propre rôle.

Il enregistre son premier disque en 1951, avec quelques titres importants tels Rue de Lappe, Si tu t’imagines et Barbara.
C’est également à cette époque qu’il monte sur scène pour la première fois à Bobino. Comme bon nombre de jeunes débutants de l’époque, c’est Jacques Canetti, le fameux agent artistique et maître du cabaret des 3 baudets, qui entraîne Mouloudji vers le succès.
Il enregistre le fameux Comme un p’tit coquelicot, qui obtient un extraordinaire succès. Grâce à ce titre, Mouloudji obtient le Grand Prix du disque en 1953 et le Prix Charles-Cros en 1952 et 1953.

Comme un petit coquelicot
Un autre titre, « Un jour tu verras », tiré du film Secrets d’alcôve, remporte le même succès en 1954.

Pendant la guerre d’Indochine, Mouloudji ne renie pas son engagement de militant pacifiste, ce qui lui procure quelques soucis avec la censure, notamment avec la chanson Le Déserteur, manifeste antimilitariste écrit par Boris Vian. Il l’interprète malheureusement le jour même de la chute de Dien Biên Phu, le scandale éclate, il devient très vite la cible des politiques et des censeurs de tous poils. La chanson est interdite d’antenne à l’exception d’Europe 1 qui la diffuse.
Le deserteur
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Par la suite, d’autres de ses titres connaîtront le même sort. En 1955, il tient le haut de l’affiche à l’Alhambra. Bien qu’il soit d’avantage un interprète, il commence à écrire de plus en plus ses propres textes à la fin des années 50.
Le Mal de Paris
Mouloudji document 1953
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Désormais, la chanson prend la place principale dans sa vie. Il fait sa dernière apparition au cinéma dans Rafles sur la ville de Pierre Chenal et dans un film hispano-suédois, Liegaron dos hombres.

Il signe chez Vogue en 1961, mais il finit par créer sa propre marque de disques sous forme d’une coopérative. Il lance ainsi en 1965, un jeune Néo-zélandais vivant en France : Graeme Allwright.
Rester intègre et ne pas sacrifier ses convictions à sa carrière est essentiel pour lui. Ayant plusieurs fois subi la censure, Mouloudji écrit sans se soucier de l’effet produit, il sait qu’il sera peu ou pas du tout diffusé en radio. Il évoque en 1970 dans Autoportrait, son métissage.
« Autoportrait » de Mouloudji
Catholique par ma mère
Musulman par mon père
Un peu juif par mon fils
Bouddhiste par principe
Alcoolique par mon Oncle
Névrosé par Grand-Mère
Sans classe par vieille honte
Dépravé par Grand-Père
Royaliste par ma mère
Fataliste par mon frère
Communiste par mon père
Marxiste par mimétisme
Hépatique par la guerre
Ruiné par les soeurs-âmes
Vieilli par la bonne chair
Abruti par les femmes
Âthée, oh Grâce à Dieu…
Âthée oh Grâce à Dieu…
Fripon comme un matou
Vertueux comme un principe
Coureur comme un toutou
Foutu comme l’as de pique
Sensuel comme un caniche
Modeste comme personne
Dépravé comme un homme
Cabot comme un ministre
Double comme un notaire
Jouisseur comme un avare
Dur comme un militaire
Tendre comme un buvard
Ivrogne comme une basse
Coureur comme un bary-
ton, con comme un ténor
Et veau comme le veau d’or
Âthée, oh Grâce à Dieu…
Âthée oh Grâce à Dieu…
Cocu par ma moitié
Brimé par ma concierge
Haï par mes voisins
Détesté par les chiens
Raté pour les affaires
Ruiné par bonté d’âme
Malheureux comme un âne
Gâteux comme un fils/père.
Catholique par ma mère
Musulman par mon père
Un peu juif par mon fils
Bouddhiste par principe
Royaliste par ma mère
Communiste par mon père
Raté par mes aïeux
Athée oh grâce à Dieu



En 1974, il enregistre un album consacré aux chants et poèmes de la Résistance. On l’entend aussi sur une compilation de chants ouvriers et sur une autre consacrée à la Commune de Paris en 1871.
Il participe en 1974 à un gala de soutien à la gauche chilienne. Il garde un public très fidèle qui lui fait un accueil délirant à chacune de ses prestations scéniques, tel lors de son retour à l’Olympia en 1975. Il continue l’écriture, et enregistre, Merci la vie en 1974, Madame la Môme en 1975, Le Bar du temps perdu en 1977 (Grand prix du disque).
Province Blues

Madame Garbo


Enfin, en 1976, avec Marcel Azzola, il enregistre une anthologie du Musette, « Et ça tournait » ainsi qu’un disque hommage à Prévert.
Il donne d’innombrables concerts peu repris par les médias. Il est fatigué et retourne à ses premières amours, l’écriture et la peinture.
Tout fout l’camp
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Il remonte sur scène à l’Elysée Montmartre en 1987. En 1992, il est atteint d’une pleurésie qui lui enlève en partie sa voix. Il tentera de sortir un album qui n’a pas le temps de voir le jour.
En mars 1994, il est invité au festival Chorus des Hauts de Seine, puis donne son ultime récital en avril prés de Nancy. Atteint d’un tumeur au cerveau, frontale et foudroyante, Mouloudji s’éteind un mardi à la chaleur caniculaire… le 14 juin 1994. Il était plein de projets, de tableaux, de livres, ainsi qu’un nouvel album. Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise à Paris.
Mouloudji « tous mes amis s’en vont au vent »
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Filmographie

* 1936 : Ménilmontant de René Guissart – Toto
* 1936 : La Guerre des gosses de Jacques Daroy – La Crique
* 1936 : Jenny de Marcel Carné – Le chanteur des rues
* 1937 : Mirages ou Si tu m’aimes de Alexandre Ryder – Le groom
* 1937 : Claudine à l’école de Serge de Poligny – Moulou
* 1937 : À Venise, une nuit de Christian-Jaque – Le jeune Toto
* 1937 : Record 37 de Jacques B. Brunius et Jean Tarride
* 1938 : Les Disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque : Philippe Macroy
* 1939 : Le grand élan de Christian-Jaque et Harry R. Sokal – Pierrot
* 1939 : Les gaités de l’exposition de Ernest Hajos
* 1940 : L’Entraîneuse de Albert Valentin – Le cancre
* 1941 : L’Enfer des anges de Christian-Jaque : le jeune Léon
* 1941 : Premier bal de Christian-Jaque – Le télégraphiste
* 1941 : Les Inconnus dans la maison de Henri Decoin : Ephraïm « Amédé » Luska
* 1943 : Adieu Léonard de Pierre Prévert – Le ramoneur
* 1943 : Les Roquevillard de Jean Dréville
* 1944 : Vautrin de Pierre Billon – Calvi
* 1944 : L’Ange de la nuit de André Berthomieu – Un étudiant
* 1945 : Boule de suif de Christian-Jaque – Un Franc-tireur
* 1945 : Les Cadets de l’océan de Jean Dréville : Passicot
* 1946 : Le Bataillon du ciel (Film tourné en deux époques : « Ce ne sont pas des anges » et « Terre de France ») de Alexander Esway – Le Canaque
* 1946 : La Maternelle (film) de Henri Diamant-Berger – Paulo
* 1947 : Les jeux sont faits de Jean Delannoy : Lucien Derjeu
* 1948 : Bagarres de Henri Calef – Angelin
* 1948 : Tête blonde de Maurice Cam – Bernard
* 1949 : Les Eaux troubles de Henri Calef – Ernest
* 1950 : Justice est faite de André Cayatte : Amadéo, le valet de ferme
* 1950 : La souricière de Henri Calef – Mouton
* 1951 : La maison Bonnadieu de Carlo Rim – Il est uniquement l’interprète des chansons
* 1951 : Gibier de potence de Roger Richebé – Ernest
* 1952 : Nous sommes tous des assassins de André Cayatte : René Le Guen
* 1952 : Trois femmes de André Michel – Raoul, dans le sketch : Mouche
* 1953 : La Vie d’un honnête homme de Sacha Guitry – Le chanteur
* 1953 : La ballade des réverbères – court métrage – de Pierre Gout
* 1954 : Boum sur Paris de Maurice de Canonge – Il tient son propre rôle
* 1954 : Secrets d’alcôve de Ralph Habib – Ricky dans le sketch : Riviera experss / Il Letto.
* 1955 : Tout chante autour de moi de Pierre Gout – Georges
* 1955 : Les indiscrètes de Raoul André
* 1957 : Jusqu’au dernier de Pierre Billon : Quedchi
* 1958 : Rafles sur la ville de Pierre Chenal – Lucien Donati dit: « Le Niçois »
* 1958 : Deux hommes sont arrivés (Llegaron dos hombres) de Eusebio Fernández Ardavín et Arne Mattsson – Angel garcia
* 1958 : 58.2/B de Guy Chalon – Il assure le commentaire
* 1960 : La belle saison est proche – court métrage, documentaire – de Jacques Barral – Il joue son propre rôle
* 1961 : La Planque de Raoul André – Georges
* 1962 : Le livre muet – court métrage – de Gérard Dumont – Le jeune homme romantique
* 1977 : Jacques Prévert – moyen métrage, documentaire – de Jean Desvilles – Il tient son propre rôle

* Il interprète uniquement des chansons dans les films suivants:
* 1958 : Ma Jeannette et mes copains – court métrage – de Robert Menegoz
* 1970 : Biribi de Daniel Moosman
* 1972 : Le Franc-tireur de Jean-Max Causse et Roger Taverne
Discographie


- 04/1953 Chante Ses Derniers Succès
- 02/1956 Chansons et Complaintes
- 09/1957 Chante Mouloudji
- 05/1959 Volume 5
- 05/1960 Amours et Ma Dame Aussi
- 08/1961 Tête à Tête avec Mouloudji
- 01/1962 Rendez-vous avec Mouloudji
- 10/1962 Chante pour Vous
- 1963 Les Grandes Chansons de Mouloudji
- 07/1964 Mouloudji En Public
- 07/1964 Mouloudji – 1964
- 05/1965 Mouloudji – 1965
- 03/1966 Mouloudji – N°2
- 07/1966 Mouloudji – 1966
- 09/1967 Complaintes – Ballades
- 11/1967 Le Condamné à Mort
- 1968 Mouloudji – 1968
- 12/1968 Guillaume Apollinaire dit par Mouloudji
- 01/1969 Mouloudji – 1969
- 01/1969 Chansons Pour ma Mélancolie – Complaintes Pour une Rose Noire NC
- 05/1969 Dîner de Têtes…
- 06/1970 Chante Jacques Prévert
- 09/1971 Mouloudji – 1971
- 1973 Paris est une Fête
- 1973 Faut Vivre
- 05/1974 Les Plus Belles Javas
- 09/1974 Merci à la Vie
- 07/1975 Poèmes et Chants Concentrationnaires
- 09/1975 Récital Public à Paris
- 01/1976 Mouloudji – 1976
- 10/1976 Mouloudji Chante Boris Vian
- 12/1976 Jacques Prévert Chanté par Mouloudji
- 1977 Mouloudji – 1977
- 1978 Chante Dimey (Poèmes Voyous – Toutes ces Dames au Salon)
- 12/1978 Comme une Feuille en Automne
- 1980 Chante Paris
- 1980 Inconnus… Inconnues… NC
- 1985 Jeux de Dames
- 09/1987 Les Femmes
- 1989 Expression (Mouloudji)
- 23/03/1990 Comme un P’tit Coquelicot
- 1992 36 Grands Succès
- 18/12/2000 … Et Ça Tournait ! Anthologie du Musette
- 10/2003 1950-1952 : De Belleville à Saint-Germain des Prés
- 21/06/2004 Les grandes chansons en public – Mouloudji


Les photos présentées ici appartiennent à la collection privée de Maryel Devera
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Quelles merveilles…
J J P
D’abord bravo pour votre site remarquablement « ciselé »….
J’ai recontré Moulou plusieurs fois, la dernière dans le manoir qu’il avait acheté à Hervé Bazin, près de Montargis.
J’essaie, à mon humble échelle de rappeler ce qu’il fut et ce qu’il apporta à la
culture française et, aussi, de le faire découvrir à ceux qui l’ignorent.
Je suis moi même artiste peintre et je me sers, quand c’est possible de mes Expos pour cela.
La récente parution de la biographie écrite par Gilles Schlesser me parait, en ce sens importante