Dans notre suite des grands peintres qui ont représenté des artistes… Un des plus célèbres impressionnistes: Edouard MANET.

L’Acteur Tragique
Edouard MANET naît dans une famille aisée et raffinée.
Après avoir échoué au concours de l’ecole Navale, il part en 1848 comme pilotin sur un navire-école vers Rio.
De retour en France, son père consent à ce qu’il se consacre à la peinture vers laquelle il s’était très jeune senti attiré.
Il lui impose de suivre une solide formation aux Beaux-Arts dans l’Atelier du peintre Thomas COUTURE, où il devait rester six années, et pour lequel il gardera toute sa vie une certaine estime, quoiqu’ayant souffert de sa méthode d’enseignement qui exigeait « idéal et impersonnalité ».

Madame Manet au Piano
« Je peins ce que je vois, et non ce qu’il plaît aux autres de voir » avait coutume d’opposer à la doctrine académique Edouard MANET, qui entendait revendiquer sa propre subjectivité et l’importance de la vision du peintre par rapport aux règles admises.
Manet trouva un mode de création qui caractérisera l’essentiel de sa future production : combiner des configurations picturales traditionnelles et leurs valeurs expressives avec la réalité contemporaine.
Ainsi, bien avant l’impressionnisme proprement dit, Manet pose les termes de la polémique artistique à venir : révolte individuelle contre les conventions académiques, moyens picturaux mis au service de sujets contemporains nouveaux…

Le chanteur de rue
Au début des années 60, Manet, à la manière d’un flâneur, parcourt sans relâche Paris, qui changeait alors de jour en jour, pour en déceler les caractéristiques les plus subtiles, les transformations, dessinant dans son carnet « un rien, un profil, un chapeau, en un mot une impression fugitive ».

La musique aux Tuileries
« La Musique aux Tuileries » (1862), tableau résultant d’une des flâneries de Manet, de facture légère et ouverte, sans composition centralisante, qu’il présenta à une exposition personnelle à la galerie Martinet fut accueilli négativement, car contredisant la conception établie de la nécessité d’une forme picturale aboutie.
On peut pourtant y décéler, de par son sujet, sa composition et sa facture, l’une des voies de l’Impressionnisme qui allait apparaître quelques années plus tard.
En 1863, il exposa « Le Bain » qui sera renommé en « Déjeuner sur l’herbe » (musée d’Orsay, Paris) au Salon des refusés, nouveau lieu d’exposition inauguré par Napoléon III accueillant, à la demande des artistes, les œuvres rejetées au Salon officiel.
Salué par de nombreux jeunes peintres qui admiraient en lui un novateur conscient de ses effets, Manet se trouva, un peu contre son gré, au centre d’une dispute opposant les défenseurs de l’art académique aux artistes « refusés ».
Manet, qui avait une ambition de réussite bourgeoise, devait souffrir toute sa vie de ce que sa peinture, portée par une grande intuition artistique, ne lui vaille qu’une notoriété sulfureuse, mais point de reconnaissance officielle.
En 1864, le Salon officiel accepta deux de ses tableaux, et, en 1865, il y exposa « Olympia », un nu inspiré de la Vénus d’Urbino de Titien qui provoqua un scandale encore plus grand que « Le déjeuner sur l’herbe ».

Olympia
Là encore, Manet citant un classique représente celle qui est censée être une divinité de la Renaissance faisant référence à l’Antiquité, comme la fille de luxe parisienne qui avait servi de modèle, avec un réalisme si fidèle et si peu en rapport avec les voiles de l’idéologie du Second Empire, qu’il souleva des vagues de protestations au sein des cercles académiques.
Pendant la seconde moitié des années 1860, Manet devint le peintre le plus respecté d’un groupe d’artistes, d’écrivains et d’amateurs d’art qui se rencontraient au Café Guerbois, rue des Batignolles.
Le peintre Fantin-Latour, après son « Hommage à Delacroix », peindra « Un atelier aux Batignolles » (1870) où Manet occupe cette fois la place du maître vénéré devant un cercle au sein duquel figurent Zola, Astruc, Renoir, Monet et Bazille.
Manet devait encore peindre dans cette décennie plusieurs chefs-d-oeuvre, comme « Le fifre » (1866) – qui fut refusé au Salon -, « La lecture » (1865-73), « Le repos » (1870).

Le Fifre
Manet dont les convictions étaient républicaines s’engagea dans la Garde Nationale lors de la guerre de 1870 et vécut la Commune à Paris.
Manet allait désormais adhérer totalement à l’Impressionnisme et soutenir particulièrement Monet, achetant à son insu des toiles qu’il bradait 100 francs pièce, ou cherchant à gagner le critique Wolff à l’art de Monet et de ses amis.
En 1877, Manet devait encore provoquer les critiques avec « Nana », représentation grandeur nature d’une jeune femme, en jupons et corsage, en train de se poudrer en présence d’un homme qui l’attend, qui fut refusé au Salon.
Manet connaîtra tardivement la reconnaissance officielle à laquelle il aspirait : il deviendra en 1881 un « hors concours » du Salon en obtenant une médaille avec « Le portrait de Mr Pertuisait » , et sera nommé Chevalier de la Légion d’honneur, sur proposition de son ami A. Proust, devenu ministre des Beaux-Arts.

Le ballet Espagnol
En 1882, il y fut présent pour la dernière fois avec Un bar aux Folies-Bergère, l’une de ses œuvres les plus célèbres.

Bar aux Folies Bergeres

Guitar et Chapeau
Il mourut à Paris le 30 avril 1883, laissant une œuvre importante, comprenant plus de quatre cents peintures à l’huile, des pastels et de nombreuses aquarelles.