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Voici un blog consacré au Jazz et aux artistes de Jazz, avec des vidéos
C’est l’histoire d’une journée de septembre 1991, où j’ai rencontré pour la première fois Mouloudji.
Les cheveux et le regard noir, un charme à vous bouleverser une vie, il me dit qu’il était un peu malade…mal au foie(?) ou prudence vis à vis de ma personne???…
Il voulait sûrement se garder une porte de sortie, car il était sauvage Mouloudji. Il tournait autour de vous, vous observant l’air de rien, et ne manquant aucun de vos faits et gestes.
En fait cette rencontre qui devait être brève, dura jusqu’à sa mort, le 14 Juin 1994.
Pendant ces trop courtes années je partageais du temps et des silences avec l’un de nos derniers grands poètes.
Pas attiré par l’argent, pas attiré par les fastes, pas séduit non plus par les « bavards » trop fréquents dans ce métier d’artistes devenu très/trop artificiel…
Lui qui avait côtoyé, Sartre, Beauvoir, Piaf, qui avait été élevé par Marcel Duhamel et Jacques Prévert… « Moulou », auteur-interprète , peintre, chanteur, écrivain, comédien, Mouloudji, artiste complet, pensait que son talent était mesuré, voire limité. Il était d’une modestie maladive et se trouvait « lisse ». Bien au contraire…
Son plaisir était de lire, de peindre ou encore de se promener avec Urane, son chien labrador, dans un bois du côté de la Grande Cascade à Boulogne, voire même de créer des embouteillages à bord de sa vieille DS… (pour mieux contempler les nids d’oiseaux perchés en haut des arbres bordant la nationale qui le ramenait vers Suresnes.)
Souvent même il stoppait sa voiture « Fantomassienne » au milieu de la route pour les apercevoir de plus près, sous les yeux médusés et en colère des automobilistes pressés.
Mouloudji, son corps était sur terre , et son esprit dans les étoiles. Il rêvait sans cesse, appréciait et admirait les détails de notre monde: pour lui l’important était banal, l’anodin…primordial.
Mouloudji le charmeur, le travailleur, le poète…Mouloudji aux cent vies.
Moulou, 14 ans déjà…Moulou, que je n’oublierai jamais.
Des baleines, des haleurs, un typhon, des bateaux,
Une aurore boréale, une rivière, une poupée,
Et des étoiles tombées sur le pont du bateau
Au long de la croisière, je ne pense qu’à toi
Pas mis le nez à Terre, tant j’ai le mal de toi.
Je t’envoie six feuilles mortes de San Francisco
Trois soleils et trois lunes volés à Mexico
Un récif de corail, une petite sirène
Comme on en voit danser à minuit sur la Seine,
Je t’envoie des brillants du ciel d’Acapulco,
Une poignée de neige du Kilimandjaro,
Une rose de Rio, une araignée du soir,
Et dix mille kilomètres de « je t’aime » en sautoir.
J’en ai le mal ma chère, de ta chère chair en soie
J’en ai le mal de Terre, j’en ai le mal de toi.
Je t’envoie six feuilles mortes de San Francisco
Je t’envoie ces diamants qui rigolent sur l’eau
Je t’envoie mon amour et caresse la chaîne
Qui relie nos deux coeurs, du navire à la Seine.
« Un jour tu verras »
Les débuts dans la vie de Mouloudji sont plutôt difficiles. Il est né à Belleville dans une grande pauvreté. Son père est un émigré kabyle et sa mère une fervente catholique bretonne.
Auprès de ses parents il ne rencontre que tourmente et disputes.
Son père se noie dans l’alcool et sa mère dans une dépression. Avec son frère André, ils exercent une quantité de petits boulots de rue dont celui de chanteur.
A onze ans, il décroche un petit rôle dans un film sur Ménilmontant.
A l’adolescence, il s’inscrit aux Faucons Rouges, association proche du parti communiste.
Il n’a que treize ans, et il fait la connaissance de Sylvain Atkine, metteur en scène dans le groupe Octobre, association affiliée à la Fédération des Théâtres Ouvriers de France. C’est là qu’il rencontre des grands noms tels que Jean Louis Barrault ou Roger Blin.
Tres vite, c’est Marcel Duhamel qui le recueillera. Moulou le considèrera comme un père.
Grâce à Duhamel il fera la connaissance des plus grands, et notamment Jacques Prévert ainsi que les membres du groupe théâtral Octobre.
Il prend des cours de théâtre avec le Maître Charles Dullin.
En 1936, il joue dans son premier spectacle, Le Tableau des merveilles, inspiré de Cervantès sur une adaptation de Jacques Prévert.
Cette année là, il participe à l’immense mouvement artistique solidaire du front populaire et des grandes grèves. Avec beaucoup d’artistes, il joue dans les usines.
Par Jacques Prévert, il rencontre Marcel Carné qui lui donne un petit rôle chantant dans « Jenny » en 1936.
Il n’a que 14 ans et sa carrière s’emballe, il enchaîne alors film sur film.
Le plus célèbre reste « Les Disparus de Saint Agil » de Christian Jaque en 1938. Il n’a que seize ans et est déjà une vedette de l’écran.
Au début de la Seconde guerre mondiale, il se réfugie dans le sud de la France, à Marseille en zone libre, avec le Groupe octobre. C’est là qu’il rencontre Francis Lemarque.
Francis Lemarque
Malgré l’ambiance chaotique de l’époque, il peut quand même travailler. Il évite le STO (Service du Travail Obligatoire) grâce à son frère qui était gravement malade, et qui se fit passer pour Moulou. A la fin de la guerre, il retourne à Paris où il exerce une foule de petits boulots.
Il chante au Bœuf sur le toit et découvre le milieu artistique de Saint germain des Prés. Cette fréquentation le pousse à écrire un ouvrage de mémoire Enrico.
Il n’a que vingt ans et il reçoit le Prix de la Pléiade à la Libération en 1945.
Vers 1947, il se met à la peinture.
Mais c’est à la chanson qu’il s’intéresse pus particulièrement. Il chante Boris Vian ou Jacques Prévert dans les cabarets en vogue.
Il reste très présent sur les écrans. Il tourne dans des films devenus des classiques du cinéma français : Boule de suif (Christian-Jaque, 1947), Nous sommes tous des assassins (André Cayatte, 1952).
Dans Eaux troubles de René Calef en 1949, il joue même son propre rôle.
Il enregistre son premier disque en 1951, avec quelques titres importants tels Rue de Lappe, Si tu t’imagines et Barbara.
C’est également à cette époque qu’il monte sur scène pour la première fois à Bobino. Comme bon nombre de jeunes débutants de l’époque, c’est Jacques Canetti, le fameux agent artistique et maître du cabaret des 3 baudets, qui entraîne Mouloudji vers le succès.
Il enregistre le fameux Comme un p’tit coquelicot, qui obtient un extraordinaire succès. Grâce à ce titre, Mouloudji obtient le Grand Prix du disque en 1953 et le Prix Charles-Cros en 1952 et 1953.
Un autre titre, « Un jour tu verras », tiré du film Secrets d’alcôve, remporte le même succès en 1954.
Pendant la guerre d’Indochine, Mouloudji ne renie pas son engagement de militant pacifiste, ce qui lui procure quelques soucis avec la censure, notamment avec la chanson Le Déserteur, manifeste antimilitariste écrit par Boris Vian. Il l’interprète malheureusement le jour même de la chute de Dien Biên Phu, le scandale éclate, il devient très vite la cible des politiques et des censeurs de tous poils. La chanson est interdite d’antenne à l’exception d’Europe 1 qui la diffuse.
Par la suite, d’autres de ses titres connaîtront le même sort. En 1955, il tient le haut de l’affiche à l’Alhambra. Bien qu’il soit d’avantage un interprète, il commence à écrire de plus en plus ses propres textes à la fin des années 50.
Désormais, la chanson prend la place principale dans sa vie. Il fait sa dernière apparition au cinéma dans Rafles sur la ville de Pierre Chenal et dans un film hispano-suédois, Liegaron dos hombres.
Il signe chez Vogue en 1961, mais il finit par créer sa propre marque de disques sous forme d’une coopérative. Il lance ainsi en 1965, un jeune Néo-zélandais vivant en France : Graeme Allwright.
Rester intègre et ne pas sacrifier ses convictions à sa carrière est essentiel pour lui. Ayant plusieurs fois subi la censure, Mouloudji écrit sans se soucier de l’effet produit, il sait qu’il sera peu ou pas du tout diffusé en radio. Il évoque en 1970 dans Autoportrait, son métissage.
« Autoportrait » de Mouloudji
Catholique par ma mère
Musulman par mon père
Un peu juif par mon fils
Bouddhiste par principe
Alcoolique par mon Oncle
Névrosé par Grand-Mère
Sans classe par vieille honte
Dépravé par Grand-Père
Royaliste par ma mère
Fataliste par mon frère
Communiste par mon père
Marxiste par mimétisme
Hépatique par la guerre
Ruiné par les soeurs-âmes
Vieilli par la bonne chair
Abruti par les femmes
Âthée, oh Grâce à Dieu…
Âthée oh Grâce à Dieu…
Fripon comme un matou
Vertueux comme un principe
Coureur comme un toutou
Foutu comme l’as de pique
Sensuel comme un caniche
Modeste comme personne
Dépravé comme un homme
Cabot comme un ministre
Double comme un notaire
Jouisseur comme un avare
Dur comme un militaire
Tendre comme un buvard
Ivrogne comme une basse
Coureur comme un bary-
ton, con comme un ténor
Et veau comme le veau d’or
Âthée, oh Grâce à Dieu…
Âthée oh Grâce à Dieu…
Cocu par ma moitié
Brimé par ma concierge
Haï par mes voisins
Détesté par les chiens
Raté pour les affaires
Ruiné par bonté d’âme
Malheureux comme un âne
Gâteux comme un fils/père.
Catholique par ma mère
Musulman par mon père
Un peu juif par mon fils
Bouddhiste par principe
Royaliste par ma mère
Communiste par mon père
Raté par mes aïeux
Athée oh grâce à Dieu
En 1974, il enregistre un album consacré aux chants et poèmes de la Résistance. On l’entend aussi sur une compilation de chants ouvriers et sur une autre consacrée à la Commune de Paris en 1871.
Il participe en 1974 à un gala de soutien à la gauche chilienne. Il garde un public très fidèle qui lui fait un accueil délirant à chacune de ses prestations scéniques, tel lors de son retour à l’Olympia en 1975. Il continue l’écriture, et enregistre, Merci la vie en 1974, Madame la Môme en 1975, Le Bar du temps perdu en 1977 (Grand prix du disque).
Province Blues
Madame Garbo
Enfin, en 1976, avec Marcel Azzola, il enregistre une anthologie du Musette, « Et ça tournait » ainsi qu’un disque hommage à Prévert.
Il donne d’innombrables concerts peu repris par les médias. Il est fatigué et retourne à ses premières amours, l’écriture et la peinture.
Il remonte sur scène à l’Elysée Montmartre en 1987. En 1992, il est atteint d’une pleurésie qui lui enlève en partie sa voix. Il tentera de sortir un album qui n’a pas le temps de voir le jour.
En mars 1994, il est invité au festival Chorus des Hauts de Seine, puis donne son ultime récital en avril prés de Nancy. Atteint d’un tumeur au cerveau, frontale et foudroyante, Mouloudji s’éteind un mardi à la chaleur caniculaire… le 14 juin 1994. Il était plein de projets, de tableaux, de livres, ainsi qu’un nouvel album. Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise à Paris.
A l’occasion des 120 ans de la Tour Eiffel rendons un hommage en musique à cette oeuvre « artisticturale ». Profitons en pour rendre hommage à Paris dont la Tour Eiffel est le symbole.
Commençons par Mistinguett qui chante « La Tour Eiffel est toujours là! », chanson d’après la guerre de 14-18…
La Tour Eiffel emblême de la France solide et résistante. Ecoutez cette tres belle chanson qui est près d’un siecle plus tard toujours d’actualités…
Bien entendu la Tour Eiffel au dela de symboliser la France, représente Paris. A l’eurovision de 2007 le groupe Les Fatals Picards, chante aussi Paris et la Tour Eiffel…