
La Villette (Paris) organise le festival du cinéma en plein air jusqu’au 26 aout! C’est totalement gratuit, et la programmation (ci-dessous) est vraiment de qualité. Ce soir c’est La science des rêves de Michel Gondry qui a été projetée sous une météo optimale, offrant un grand succès à l’opération.
Le cinéma en plein air si vous ne connaissez pas, c’est vraiment à vivre. Les sensations sont tres différentes des salles traditionnelles et les films sont soudain dotés d’un nouveau charme.
Voici la programmation:
Vendredi 27 juillet : Gran Torino (Clint Eastwood)
Samedi 28 juillet : Alice au Pays des merveilles (Tim Burton)
Dimanche 29 juillet : Les passagers de la nuit (Delmer Daves )
Mercredi 1er août : La merditude des choses (Felix Van Groeningen)
Jeudi 2 août : Good Bye, Lenin ! (Wolgang Becker)
Vendredi 3 août : A history of violence (David Cronenberg)
Samedi 4 août : Volte/Face (John Woo)
Dimanche 5 août : Chérie, je me sens rajeunir (Howard Hawks)
Mercredi 8 août : L’homme qui rétrécit (Jack Arnold)
Jeudi 9 août : Looking for Eric (Ken Loach)
Vendredi 10 août : District 9 (Neil Blomkamp)
Samedi 11 août : Potiche (François Ozon)
Dimanche 12 août : Portrait d’une enfant déchue (Jerry Schatzberg)
Mercredi 15 août : Un homme, un vrai (Arnaud et jean-Parie Larrieu)
Jeudi 16 août : Poetry (Lee Chang-dong)
Vendredi 17 août : Virgin Suicides (Sofia Coppola)
Samedi 18 août : L’étrange histoire de Banjamin Button (David Fincher)
Dimanche 19 aoput : La mouche noire (Kurt Neumann)
Mercredi 22 août : Dans la peau de John Malkovitch (Spike Jonz)
Jeudi 23 août : L’esquive (Abdellatif Kechiche)
Vendredi 24 août : L’invasion des profanateurs de sépultures (Don Siegel)
Samedi 25 août : Superman (Richard Donner)
Dimanche 26 août : Hair (Milos Forman)

Festival de cinéma en plein air de la Villette, du 25 juillet au 26 août
2012
METAMORPHOSES
On attribue à Georges Méliès l’invention du truquage, lorsque, puissamment aidé par le
hasard objectif, il découvrit, la pellicule une fois développée, que l’omnibus qu’il filmait sur les
Grands-Boulevards s’était métamorphosé en corbillard, le temps de réparer la panne de sa
caméra. Transformation imprévue, que cet artisan naïf et génial eut tôt fait de reproduire de
façon organisée et systématique. Il multiplia les féeries, changea les fleurs en femmes et les
femmes en étoiles, fit apparaître et disparaître le Diable ou les habitants de la Lune, ouvrant
aux premiers spectateurs du XXe siècle les portes battantes de l’imaginaire.
Mais le spectacle n’avait pas attendu l’invention des frères Lumière pour faire rêver ses
clients : cent ans auparavant, en pleine Révolution, Robertson projetait ses fantasmagories
lumineuses, transformant ses personnages dessinés en squelettes et saisissant d’un effroi
délicieux le public du couvent parisien des Capucines. Plus que par l’observation du réel,
c’est par les transformations qu’il lui a fait subir que le cinéma a imposé sa fascination de
manière durable : il y a soixante ans déjà, plutôt que Le Voleur de bicyclette, Boris Vian
préférait les rêves en carton-pâte et les monstres à huit pattes…
L’écran a pris le relais pour magnifier les métamorphoses imaginées par les écrivains. Alice,
parvenue de l’autre côté du miroir des merveilles, se change en géante ou en souris, la Bête
se transforme en prince pour plaire à la Belle et Mr. Hyde se met dans la peau du Dr. Jekyll.
Ce sont là des choses familières pour le spectateur, agréables moyens d’échapper à la
pesanteur des choses. Chacun a rêvé d’agir sur l’ordre du monde, de devenir en un éclair un
super-héros, d’oublier, le temps d’une revanche virtuelle, la réalité et ses « terrifiants pépins »
dénoncés par Prévert. Et il n’est rien de plus agréable que de frémir devant des dangers qui
menacent, confortablement à l’abri dans sa chaise longue. Place donc à l’homme qu’un
nuage radioactif va faire rétrécir à l’infini, aux habitants de Santa Mira devenus haricots
géants après intervention martienne, au savant fou qui va se voir pousser des ailes de
mouche, au marionnettiste miraculeusement glissé à l’intérieur de John Malkovich…
Mais le cinéma a su s’attarder sur d’autres métamorphoses, moins voyantes mais tout aussi
véritables, qui concernent non plus l’apparence des êtres, mais leur moi profond. La
transformation de Clint Eastwood, retraité américain fier de sa race et de sa Ford Gran
Torino 1972 en protecteur de ses voisins coréens, ou le triomphe de Catherine Deneuve,
épouse d’industriel longtemps tenue pour une potiche et qui révèle sa vraie nature,
participent d’un mouvement similaire.
Certes, leur métamorphose s’effectue en douceur, mais ce n’est pas la rapidité qui importe.
Seul le résultat compte. Et, bien que moins tapageuse, la transformation du lycéen
banlieusard lentement touché par la grâce de Marivaux est aussi radicale que celle de Clark
Kent enfilant sa cape de Superman – simple question de dimension.
« Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses » a écrit Paul Éluard. Le temps de vingt-cinq
soirées d’été, entre Le Solitaire, métamorphose intime, et Hair, métamorphose utopique
d’une société tout entière, le cinéma de la prairie va contredire la parole du poète.
Lucien Logette Conseiller artistique