Pour cette saison 2012, les Francofolies de la Rochelle se dérouleront du 11 au 15 Juillet.
Ci dessous vous pourrez découvrir tous les artistes et la programmation.
Mais tout d’abord, en quelques lignes, les Francofolies de la Rochelle, qu’est ce que c’est ?
- Un grand rendez-vous de la chanson et des musiques actuelles francophones, avec une programmation des plus représentatives de la chanson populaire, à la chanson plus alternative, en passant par les spectacles Jeune Public et la découvertes des jeunes talents.
- La vitrine d’une pépinière florissante de la chanson francophone avec un rôle reconnu de « défricheur » de talents, notamment à travers Le Chantier des Francos. Un lieu de fête et de convivialité à l’intérieur comme à l’extérieur, sur scène, en coulisses, au « patio », dans les « afters »…
Le Printemps des comédiens se déroule à Montpellier jusqu’au 1er Juillet.
Chaque jour plusieurs spectacles de Théâtre sont proposés au public. En voici la liste et la description:
raoul
• SPECTACLE COMPLET •
Un spectacle mis en scène et interprêté par James Thiérrée
cirque théâtre • durée 1h40 > Domaine d’O • Chapiteau-théâtre
Dans le vaste album aux souvenirs du Printemps, surgit immanquablement cette soirée où Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thiérrée, multiformes locataires de leur Cirque Invisible, tinrent l’amphi dans un miraculeux équilibre entre la grâce et le rire.
Continuité familiale, continuité artistique : cette fois, c’est leur fils, James, qui arrive seul. Seul mais en maître d’un fabuleux bestiaire de carton, de plumes, de velours, de lumière -bestiaire d’ailleurs conçu par sa mère- dont il fait et défait les apparitions.
Ce spectacle, c’est Raoul, continuateur du multi-primé Symphonie du Hanneton. Et comme lui oscillant entre le cocasse et le merveilleux, entre l’onirique et le burlesque.
Bon sang ne saurait mentir évidemment…
Car, si on laisse à part le poids des gènes, l’univers de James Thiérrée, depuis qu’il est tout petit, ce sont les chapiteaux, les théâtres, les créatures baroques qu’inventaient ses parents, toutes les poudres de perlimpinpin du spectacle dont on émerveille soir après soir le public. A ce jeu, James Thiérrée est un maître : il a réussi à fondre en une seule personne, la sienne, la grâce éthérée de sa mère et la loufoquerie bariolée de son père.
L’album aux souvenirs devrait s’enrichir de quelques mémorables moments. Qui ne seront pas les derniers : le Printemps accompagnera sa prochaine création qui sera au programme de l’édition 2013. Puisse l’album aux souvenirs devenir ainsi album de famille…
les trois richard, un richard III
D’après Shakespeare. Mise en scène Dan Jemmett
création théâtre • durée 1h50 > Domaine d’O • Amphithéâtre d’O
C’est à l’un des metteurs en scène les plus créatifs, les plus multiformes d’Europe que va revenir l’honneur d’ouvrir l’Amphithéâtre d’O. Dan Jemmett, né à Londres, travaillant beaucoup en France, encensé partout -sa Comédie des Erreurs l’an dernier à Sète reste historique- peut mettre à sa carte de visite les noms, les lieux, les œuvres les plus prestigieux. Comédie Française et Opéra Comique, Opéra de Rome et Reisopera de Hollande, Rossini et Shakespeare, Molière et Mozart. Et même Eric Cantona à qui il vient d’offrir le rôle du Père Ubu.
Car pour Dan Jemmett tout fait théâtre (ou opéra). Et, naturellement -surtout quand on est anglais- quelle plus belle matière théâtrale que celle offerte par Shakespeare ? Pourtant ce spectacle ne sera pas un Richard III couronné de fer et cherchant un cheval sur le champ de bataille. Il sera revisité par trois… comment dire ? humoristes ? fantaisistes ? comiques ? Les Trois Richard tombés des années 50 ou 60.
Shakespeare passé à la moulinette du burlesque. Sacrilège ? Après tout, les Anglais sont chez eux dans ce répertoire et les Monty Python ont fait bien pire, jadis, avec les plus nobles institutions de la couronne. Alors en avant pour un Richard III définitivement tombé de cheval et embarqué dans une sorte de western. Mais vraiment une sorte de… Comme le dit Dan Jammett : «Enfermez vos enfants à double tour, accrochez vous à vos chapeaux : cela promet d’être une sacrée soirée»
les numéros, cabaret
Textes de Hanokh Levin. Traduction : Laurence Sendrowicz.
Adaptation et mise en scène : Richard Mitou.
théâtre musical • durée 2h00 > Domaine d’O • Micocouliers
Ah, évidemment, qui dit spectacle programmé quinze fois, qui dit Richard Mitou pour sa conception, qui dit Ecole Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Montpellier pour sa réalisation a aussitôt en tête le faramineux succès des Règles du savoir-vivre dans la société moderne, le texte de Jean-Luc Lagarce si joliment mis en scène l’an dernier à travers le parc du domaine.
Mais la nostalgie n’est pas forcément bonne conseillère. Revoilà, dans le parc du château, Richard Mitou et ses comédiens : ils y seront cette fois les guides d’un tout autre univers, celui d’Hanokh Levin, dramaturge israélien mort il y a douze ans, et très tôt contempteur de la politique de son pays à l’égard des Palestiniens.
Il faut aussitôt corriger ce que cette abrupte présentation pourrait avoir de dramatiquement politique -ou de rébarbatif- un soir d’été dans le parc du Domaine d’O. Levin a toujours signé ses engagements d’une plume satirique, alerte, d’où coulaient, plus que des manifestes, des saynètes, des sketches ou des chansons.
De cette matière là, Richard Mitou, vieil admirateur de Levin, s’est emparé avec bonheur. Ce sera donc un cabaret qui attendra les spectateurs sous deux espaces de micocouliers. Un cabaret avec ses musiciens, ses comédiens, ses tours de magie, son bar, ses chanteurs, ses danseurs. Les règles du savoir sourire dans une société en guerre, peut-être…
rouge décanté
Adaptation d’après « Bezonken rood » de Jeroen Brouwers. Mise en scène : Guy Cassiers.
théâtre • durée 1h40 > Domaine d’O • Chapiteau-théâtre
C’est un spectacle dont on ne sort jamais tout à fait. Un spectacle qui semble ficher des échardes d’images, de sons, de mots, au fond de la mémoire et dont on garde la perpétuelle et fascinante irritation. Tout y contribue : le texte, terrible, qui relate l’enfermement d’un petit garçon en compagnie de sa mère dans un camp de concentration japonais de la Seconde guerre mondiale.
Le dispositif scénique, ensuite, qui cerne le comédien de caméras et de micros pour irriguer écrans géants et enceintes acoustiques. Au point que rien ne peut échapper au spectateur : le moindre soupir, le plus petit battement de paupière, le plus infime frémissement, tout fait écho, tout fait image.
Et puis il y a sous cette loupe perpétuelle, un comédien sur lequel les adjectifs s’épuisent : l’extraordinaire Dirk Roofthooft qui, depuis cinq ans, porte à travers l’Europe ce texte en quatre langues. Il y est… magistral ? hypnotique ? poignant ? Tout cela sans doute, tant, du petit garçon confronté à l’horreur jusqu’à l’adulte à jamais blessé dans ses rapports à la mère, aux femmes, il tisse une toile où se prend le plus récalcitrant des spectateurs. Un des spectacles choc du festival.
bouvard et pécuchet
De Gustave Flaubert. Mise en scène : Patrick Pineau.
théâtre • durée 1h00 > Domaine d’O • Théâtre d’O
Ils ne sont pas si nombreux les personnages de roman qui sont passés au rang d’archétypes. Bouvard et Pécuchet sont de ceux-là. Leurs noms sont devenus des synonymes d’imbécillité satisfaite, de contentement petit-bourgeois et d’inépuisables gisements de clichés. Et il était inévitables que les anti-héros de Flaubert se retrouvent un jour sur une scène. Après tout le cinéma est déjà passé par là -avec Marielle et Carmet tout de même et dans une adaptation de Jean-Claude Carrière, auteur multiforme et illustre président du Printemps des Comédiens.
C’est dire si Bouvard et Pécuchet passant de la pellicule à la scène avaient vocation à faire une halte au festival. Ils y viendront sous les traits de Hervé Briaux et Patrick Pineau avec pour seules références Second Empire deux redingotes noires et un rideau de velours rouge en fond de scène. Tout le reste sera affaire de mots.
Car comme Gérard Guillaumat l’an dernier avec Hugo et L’Homme qui Rit, les deux acteurs liront leur texte tout autant qu’ils le joueront. On sera là au creux d’un de ces moments insolites et précieux entre lecture et théâtre, entre veillée intime et représentation.
Un de ces moments où la seule star du spectacle, c’est le texte. Et quel texte ! Maupassant en parlait comme de l’œuvre d’ «un merveilleux penseur qui constate sans cesse, en tout, l’éternelle et universelle bêtise». Cette dévastatrice ironie qui soulève tant de rires a encore de beaux soirs devant elle. De beaux soirs de théâtre-lecture.
Adaptation : Hervé Briaux
Avec : Hervé Briaux, Patrick Pineau
Production : Compagnie Pipo
extrêmités
Equilibres instables sur planches et bouteilles de gaz.
Nouvelle création du Cirque Inextremiste.
cirque • durée 1h00 > Domaine d’O • Sud II
Totalement, fondamentalement, irrémédiablement givrés, frappés, déjantés, les trois protagonistes du Cirque Inextremiste… A-t-on déjà vu, sous les pieds d’acrobates, pareil capharnaüm de planches de guingois et de bouteilles de gaz en déséquilibre instable ?
Ils auraient pu se contenter des traditionnels instruments du cirque. Mais non : leur monde à eux est toujours menacé d’effondrement, perpétuellement soumis à des lois précaires. Car sur ces planches qui roulent, sur ces bouteilles de gaz qui tanguent, tous trois se perchent au prix de roulis de haute mer. Qu’un seul flanche et c’est tout le monde qui tombe. On peut y voir une parabole sur la solidarité. Ou un spectacle à retenir son souffle pour ne rien déranger de ce douteux équilibre. Ou les deux…
le cubitus du manchot
Cubitus du manchot
cirque • durée 1h00 > Domaine d’O • Sud II
C’est un des ces «petits» spectacles comme le Printemps les aime. Un de ces spectacles calés sous les frondaisons à l’heure où la chaleur s’estompe, où personne, ni les artistes ni le public ne se pousse du col, un spectacle où se mêlent les familles et les âges. Petit, cela va sans dire, par sa durée -une heure- non par ses performances.
Ici ils sont trois, deux hommes, une femme dans un numéro doux-dingue de chaises musicales. Chaises musicales, chaises éjectables : on n’imagine pas à quelle hauteur peut monter une acrobate quand elle est aux mains de complices fusionnels. Ces trois-là empoignent à mains nues les lois de la gravitation et leur font passer un mauvais quart d’heure : elles y perdent de leur immuable superbe, les lois de la gravitation… Loufoque et tendre, burlesque et virtuose : un amour de grand petit cirque.
le bourgeois gentilhomme
Comédie-ballet de Molière, musique : Jean-Baptiste Lully.
Mise en scène : Denis Podalydès, Sociétaire de la Comédie-Française. Direction musicale : Christophe Coin.
création théâtre • durée 2h50 > Domaine d’O • Amphithéâtre d’O
Pas un comédien qui n’ait rêvé de jouer le Bourgeois de Molière ; pas un metteur en scène qui n’ait cent fois imaginé la scène du Grand Mamamouchi ; pas un couturier qui n’ait songé de quels rubans, de quels falbalas il pourrait orner son M. Jourdain… Et pas un spectateur de théâtre qui n’ait au fond de lui le jubilant souvenir -ou l’anticipation gourmande si par hasard il ne l’a jamais vu- d’un grand Bourgeois Gentilhomme.
Ce bonheur, le Printemps des Comédiens l’offre à ses spectateurs avec cette création exceptionnelle. Bonheur aux multiples facettes. A commencer par celle-ci : ce Bourgeois est donné dans sa version originale de comédie-ballet : la musique de Lully servie en direct par sept musiciens, quatre chanteurs et deux danseurs. Bonheur auditif mais bonheur visuel aussi : les costumes sont signés Christian Lacroix qui pour la circonstance n’a pas, c’est le moins qu’on puisse dire, tempéré son goût pour les chatoiements vestimentaires.
Et puis le théâtre, bien sûr. Dans une très belle scénographie d’Eric Ruf, Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie Française aux mille curiosités, a tenu à mettre en scène l’ascension tourbillonnante et sans cesse avortée de M. Jourdain vers le royaume du beau et des belles manières. Devenu Mamamouchi, «il parvient malgré tout à ses fins, écrit Denis Podalydès, un court instant seulement, réunissant et confondant les Arts dans un dépassement comique et poétique dont il est à la fois la dupe et le triomphateur».
Marche turque pour M. Jourdain !
Rencontre avec Denis Podalydès, le Jeudi 14 juin 2012 à 19h00
l’âme des termites
De David van Reybrouck. Concept, mise en scène et jeu : Josse de Pauw. Spectacle en néerlandais sous-titré
théâtre musical • durée 1h30 > Domaine d’O • Théâtre d’O
Josse de Pauw à la mise en scène pour Les Pendus, Josse de Pauw sur la scène -et à la mise en scène aussi du reste- pour L’âme des Termites. Et un double bonheur pour le public du Printemps, tant cet homme est, depuis trente ans, une figure majeure du grand théâtre flamand. C’est à dire du grand théâtre tout court.
Dans ce spectacle, comme dans Les Pendus, comme dans Rouge décanté, comme dans La Chambre d’Isabella l’an dernier, comme dans toute cette scène flamande qui n’en finit pas de façonner la scène européenne, la musique et les mots s’entremêlent. Mais c’est bien de Josse de Pauw comédien qu’on a envie de parler. Il est ici un entomologiste lancé dans une conférence sur la vie intime des termites. Il n’est évidemment pas interdit de voir dans la société termitière une parabole des sociétés humaines.
D’autant que, peu à peu, le conférencier perd pied. Ou la tête. Ou les deux. Que son discours l’amène vers le Congo, vieille blessure et vieille nostalgie belge, vers la guerre qui le ravage, vers les femmes, vers l’amour (un peu adultère). Dans les failles du discours, peu à peu, la musique monte. On rit à ce spectacle, on s’émeut, on s’émerveille. Les termites, eux, poursuivent leur vie impassible tandis que l’homme penché sur eux se désagrège. Oui, magnifique Josse de Pauw.
Rencontre avec Josse de Pauw, le Vendredi 15 juin 2012 à 19h00
le roi lear, prologue
D’après William Shakespeare.
Conception et mise en scène : Vlad Troitskyi.
théâtre musical • durée 2h20 avec entracte > Domaine d’O • Sud I
Ah qu’on ne s’attende pas aux nobles tableaux d’un Moyen Age rêvé par Shakespeare. Ni aux divagations du vieux Lear dans son royaume dévasté. Ni au chœur des trois filles du roi, déchirées par l’ambition et la piété filiale… Le King Lear de Vlad Troitskyi, brillant météore apparu dans le ciel du théâtre ukrainien et bousculant tout sur son passage, n’est pas une adaptation à la lettre de la tragédie shakespearienne.
C’est le moins qu’on puisse dire. Le spectateur est installé au cœur d’une sorte de tripot où gémissent des instruments, où des masques se font et se défont dans la pénombre, où la mort et sa faux rodent constamment entre les tables, où le roi Lear éventre sur les guéridons des sachets de cocaïne dont on use avec prodigalité.
Les lumières vont et viennent, rouge sang, bleu glaçant, parcimonieuses mais comme sculptant chaque personnage ; la musique gonfle puis se fait murmure. Ici stridences du violoncelle, pulsation des percussions, là chant presque folklorique des femmes… C’est saisissant et déroutant, fascinant comme un tableau où Goya aurait rencontré Jérôme Bosch. C’est Troitskyi, nouvelle star d’un théâtre où tous les arts se fondent jusqu’à l’incandescence.
Cette musique ensorcelante est pour beaucoup dans la réussite de ce « Roi Lear » (…). On pense surtout à Tadeusz Kantor pour la façon qu’a le metteur en scène de créer une cérémonie théâtrale avec ses lois propres. Fabienne Darge. Le Monde
Rencontre avec Vlad Troitskyi, le Mercredi 20 juin 2012 à 19h00
les pendus
Concept, texte et mise en scène : Josse de Pauw.
Spectacle en néerlandais sur-titré
théâtre musical • durée 1h20 > Domaine d’O • Chapiteau-théâtre
Plus un festival de théâtre où ne s’engouffre désormais ce vent de mer du Nord qui porte avec lui des spectacles hybrides pétris de mots, de musique, de théâtre et de danse. C’est souvent de Flandre que nous viennent les grands noms de la création contemporaine : Lauwers, de Keersmaeker…
La Flandre qui dépêche cette année au Printemps des Comédiens Josse de Pauw et un spectacle tel qu’on l’attend quand il vient de ces septentrions du théâtre : déroutant, fascinant, faits de notes et de phrases, de latin et de flamand. Sur la scène, l’Orchestre de Chambre de Wallonie, 24 musiciens, jouant pour la circonstance la musique de Jan Kuijken. Au dessus de leur tête, des pendus, trois femmes, un homme ; les uns chantent, les autres disent.
Et ils disent le vieux combat de ceux qui ont eu raison trop tôt, des esprits libres qui ont tenu tête à toutes les inquisitions, des sacrifiés sur l’autel du prêt à penser. Brûlés, pendus, ces hérétiques de la bienpensance…
La voix des femmes monte en latin, le néerlandais leur fait contre-point… Sur un écran vidéo s’affichent les mots français. Vidéo d’aujourd’hui, pendus d’hier comme pour rappeler que ce combat-là ne cesse jamais.
Rencontre avec Josse de Pauw, le Vendredi 15 juin 2012 à 19h00
les enfants de jéhovah
Auteur et metteur en scène : Fabrice Murgia.
création théâtre • durée 1h15 > Domaine d’O • Théâtre d’O
Les spectateurs attentifs du Printemps connaissent de Fabrice Murgia le virevoltant Figaro qu’il fut en 2010 dans la production de Jacques Delcuvellerie. Il leur manque quelques facettes du personnage. Car, comme souvent avec l’étonnante scène belge -flamande, wallone qu’importe- les cordes sont nombreuses aux arcs artistiques. Ainsi de Fabrice Murgia : ce garçon n’a pas 30 ans que, acteur, auteur, metteur en scène, le monde du théâtre attend déjà ses créations comme autant d’événements.
Honneur pour le Printemps : après Le chagrin des Ogres, après le magnifique Life:Reset, choc du Off d’Avignon en 2011, c’est lui qui aura la primeur du nouveau spectacle de Fabrice Murgia, Les enfants de Jéhovah. Spectacle plus personnel encore que les précédents ? On peut le penser : enfant de l’immigration, Murgia y dépeint une famille, la sienne sans doute, confrontée au déracinement et à l’illusoire réconfort que certains de ses membres cherchent auprès d’une communauté au parfum de secte.
Mais comme toujours avec Murgia, ses spectacles ne se laissent pas réduire à quelques phrases descriptives : les thèmes s’y entrelacent comme ses mises en scène entrecroisent le jeu des comédiens et de saisissantes utilisations de la vidéo, du son et des langages technologiques en général. Un des spectacles les plus attendus du Printemps.
petits chocs des civilisations
> Une représentation supplémentaire de ce spectacle est programmée le Lundi 18 juin à 22h à l’Amphithéâtre d’O
De Fellag. Mise en scène : Marianne Epin.
humour • durée 1h30 > Domaine d’O • Amphithéâtre d’O
Tant pis : les considérations artistiques passeront après. Il faut commencer par dire ceci : on a bien besoin d’un Fellag aujourd’hui. Car ils ne sont pas si nombreux à faire des pieds de nez aux boute-feu. Choc des civilisations… Depuis le temps que la catastrophe annoncée mobilise tant de doctes Cassandre…
Eh bien Fellag a l’élégance d’ajouter l’adjectif «petits» devant ses chocs à lui. Et d’y mettre un pluriel. Ce qui change beaucoup de choses. Vues du point de vue du bouffon, les terribles prophéties perdent de leur sérieux, de leur pertinence peut-être. Mettre un nez rouge aux puissants a toujours été salutaire.
Ou une toque de cuisinier, tenez. Car il n’étonnera personne que, pour ce spectacle -odorant prolongement du Comment réussir un bon petit couscous de l’an dernier-, Fellag se retrouve une fois de plus aux commandes d’un couscoussier. Sous son couteau de cuisine, Fellag découpe en rondelles les carottes et les préjugés, les navets et les peurs, les clichés et les céleris… Tout d’un même cœur, tout d’un même éclat de rire. Fellag, habitué du Printemps. Oui. Et pour longtemps on l’espère.
L’écriture de Fellag qui raconte « son » Algérie est magnifique, tendre, parfois féroce mais toujours hilarante. Le point
Rencontre avec Fellag, le Dimanche 17 juin 2012 à 12h00
antigone
D’après « Antigone » de Sophocle.
Mise en scène : Gwenaël Morin.
théâtre • durée 1h40 > Domaine d’O • Sud I
Le Théâtre Permanent de Gwenaël Morin est une légende. Non pas à cause de l’économie de moyens qui est un de ses axiomes : il n’est pas le seul aujourd’hui à se passer de tous les colifichets de la scène, costumes et décors compris. Non. Si Morin et sa troupe sont nimbés de ce halo légendaire, c’est à cause de l’expérience menée pendant près de deux ans à Aubervilliers.
Car au milieu de cette ville de banlieue, un panneau rudimentaire incitait voisins et passants à venir s’installer gratuitement pour voir Tartufe, Lorenzaccio ou une tragédie grecque donnés cinq soirs par semaine tout au long de l’année. Et pas seulement assister. Participer aussi : les acteurs tenaient le matin un atelier pour transmettre les rôles à qui voulait les apprendre.
On vit ainsi des retraités du quartier, soudain saisis par la passion du théâtre, s’emparer le soir de rôles de Lorenzaccio appris le matin. Cette extraordinaire gageure d’une permanence quasi-quotidienne du théâtre dans une ville qui ne l’attendait pas, a eu des résultats qui restent dans les annales du métier : le théâtre y a acquis une force rarement atteinte.
Gwenaël Morin reprend pour le Printemps des Comédiens un des classiques de cette période, son adaptation de l’Antigone de Sophocle. Adaptation sans plus de fioritures scéniques qu’autrefois naturellement. Antigone partira ensuite sur les routes de l’Hérault, là où on ne l’attend pas forcément. Ce qui va de soi…
viï – le roi terre
D’après la nouvelle de Nicolas Gogol.
Conception et mise en scène : Vlad Troitskyi.
Spectacle en ukrainien et en français
création thriller mystique • durée 2h00 avec entracte > Domaine d’O • Chapiteau-Théâtre
C’est peu dire qu’avec une création de Vlad Troitskyi, on aborde à des rives inconnues. Rives inconnues du théâtre d’abord : ce monde où les musiques, les masques, les langues, les mots fusionnent, est le terme d’un voyage artistique où tout surprend, tout hypnotise.
Mais rives inconnues d’un pays, aussi, l’Ukraine, dont l’Occidental ne sait à peu près rien. Troitskyi lui-même parle «d’un périple très proche d’un voyage en terre aborigène», d’une terre «oubliée de Dieu et des autorités».
C’est évidemment plus complexe : ce monde est aussi celui d’une magie qui nous échappe, de cérémonies archaïques où les repères deviennent caducs. Ce n’est pas nouveau : Gogol, en poste dans la lointaine Ukraine, en avait fait l’expérience et en avait rapporté des recueils de nouvelles -dont celle-ci qui a servi de trame à Troitskyi- qui faisaient frémir la bonne société moscovite de 1830.
Ici le héros, soumis à un rite obscur, doit prier toute une nuit sans jamais lever les yeux sur Vii, le roi terre. Comme dans d’autres mythes, sous d’autres cieux, il y perdra la vie. C’est un monde, dit encore Vlad Troitskyi, «en passe de disparaître, avec tous ses rites, son mysticisme, sa force métaphysique (…) son mélange ahurissant de mystique chrétienne et païenne». Cette création lui redonne vie. Et avec quelle force…
Rencontre avec Vlad Troitskyi, le Mercredi 20 juin 2012 à 19h00
Compagnie Les 7 doigts de la main. création cirque • durée 1h40 > Domaine d’O • Amphithéâtre d’O
Quatre comme les Trois Mousquetaires. Sept comme les cinq doigts de la main. Et en passe de devenir aussi fameux dans l’univers du cirque que les autres dans celui de la littérature. Car depuis 2002 que la troupe a été créée, Les 7 doigts de la main ont collectionné un nombre ébouriffant de récompenses internationales.
La tentation est grande, puisqu’eux aussi sont canadiens, de filer la comparaison avec le très prestigieux Cirque du Soleil par où, d’ailleurs, sont passés quelques uns des fondateurs. Le palmarès de la troupe y invite : plus d’un million de spectateurs dans vingt-cinq pays, une centaine de personnes, artistes et techniciens, qui tournent à travers le monde.
La filiation est évidente. La différence ne l’est pas moins. On le verra avec Séquence, leur sixième création en huit ans. Comme toujours, avec les 7 doigts de la main, les choses prennent naissance dans des gestes presque anodins. On n’est pas tout au fait au cirque, presque au théâtre. Et puis tout se complique, s’accélère pour finir en bouquets d’exploits physiques comme un feu d’artifices en bouquets de couleurs.
Car sous le goût pour la performance que nimbe toujours une poésie rêveuse, c’est un cirque à échelle humaine. Et l’émotion que dégage ce spectacle tient à cela sans doute : à cette façon de faire croire au spectateur que lui aussi peut monter jusqu’en haut des cintres..
la vie de galilée
De Bertolt Brecht.
Mise en scène : Antoine Wellens.
théâtre • durée 3h00 > Domaine d’O • Théâtre d’O
Coïncidence des programmes : à quelques pas de là, à quelques jours de là, Les Pendus de Josse de Pauw donnait corps au combat de tous ceux qui ont pensé juste face aux dogmes des églises. Galilée était de ceux là : certes il ne fut pas pendu, ni brûlé comme Giordano Bruno, mais humilié, contraint à la rétractation…
Et Galilée, le voici. Dans l’impressionnante fresque que lui a consacrée Bertolt Brecht, monstre théâtral par la multiplicité de ses décors et de ses personnages, mais monstre qui tenait tant au cœur du dramaturge qu’il ne cessa tout au long de sa vie de le remettre sur le métier. C’est que Brecht, lui aussi combattant contre l’obscurantisme, aurait pu figurer parmi les pendus -et peut-être littéralement- s’il n’avait fui dès 33 l’Allemagne nazie.
C’est à cette gageure de théâtre que s’attaquent la compagnie montpelliéraine Primesautier Théâtre et le metteur en scène Antoine Wellens. Sur le plateau, six personnages assis à six bureaux. Partout des lampes, des néons , des lustres, des lampadaires, tout ce qui fait lumière pour cartographier l’espace comme Galilée cartographia le ciel..
Et, entre ombre et lumière, le texte porté indifféremment par l’un ou l’autre des acteurs, un texte qu’on dirait en train de se faire, qui paraît prendre corps pour la première fois. Un monument de théâtre revisité et que l’on semble découvrir.
la loi du marcheur
Mise en scène : Eric Didry.
De Nicolas Bouchaud.
théâtre • durée 1h55 > Domaine d’O • Théâtre d’O
Serge Daney, comme Jean-Louis Bory, fait partie de ces critiques de cinéma que leur lucidité, leur brillante causticité, leur hauteur de vue -leur mort prématurée aussi- ont placé dans une sorte de Panthéon de l’intelligentsia française. De l’un comme de l’autre, on garde le souvenir de formules, d’analyses esthétiques que le temps n’a pas démenties. Si longtemps après, combien de journalistes peuvent en dire autant ?
Depuis ses tribunes de Libération et de France Culture, Daney faisait à ce point partie du paysage intellectuel que, dans les années 80, il pouvait dialoguer d’égal à égal avec le très cinéphile Régis Debray. Et c’est de ces entretiens que le comédien Nicolas Bouchaud a eu l’idée de tirer un spectacle mis en scène par Eric Didry.
Aride discussion esthétique ? Non pas. C’est de cinéma qu’il s’agit ici. C’est à dire de stars, de glamour, de westerns, de Marilyn et de James (Stewart), de Rita et de Humphrey (Bogart). Pas seulement bien sûr. Mais enfin ils sont là, silhouettes immémoriales qui se glissent derrière l’acteur et son texte.
Spectacle brillant, spectacle hybride entre cinéma et théâtre. Entre intelligence et intelligence, celle de Debray, celle de Daney.
La mise en scène joue avec les images de cinéma, accompagne le corps du comédien et finit par composer une véritable ode à la culture. A l’instar de Daney qui habitait le cinéma, Bouchaud habite le théâtre, cherche parfois l’effet là où Daney se contentait de l’impact de la formule. Ce faisant, il captive. Annie Chenieux. Le Journal du Dimanche
De Victor Hugo. Par la troupe de la Comédie-Française.
Mise en scène et version scénique Nicolas Lormeau.
création théâtre • durée 2h10 > Domaine d’O • Bassin
La pièce est mythique depuis qu’elle est née dans le fracas d’une bataille de théâtre ; la troupe qui va la porter l’est tout autant, elle dont les quartiers de noblesse remontent à Louis XIV ; le lieu même garde la mémoire de grands moments du Printemps des Comédiens…
Une création d’Hernani par la Comédie-Française spécialement pour le Bassin du Château d’O, c’est une date dans l’histoire du festival.
Sous les grands pins qui cerclent la vaste circonférence du Bassin, le metteur en scène Nicolas Lormeau, pensionnaire de la Comédie-Française, a imaginé un dispositif qui nous emmène loin des velours rouges de la Salle Richelieu : Hernani sera joué en bi-frontal, sur une scène centrale installant les spectateurs des deux côtés.
Et sur ce plateau, de sable et de pierre : le vide, l’espace, la lumière des flambeaux et des costumes qui invitent le XIXe siècle hugolien au Château d’O. De ce dépouillement émerge le socle d’Hernani : un quatuor. Un drame habité par les comédiens du Français. Un drame que magnifient des alexandrins dont Nicolas Lormeau module le chant comme un chef d’orchestre module un tutti d’orchestre. «Mon rêve, dit-il, à travers ce projet est de porter au plus près des spectateurs, dans un espace vide, onirique, les passions de Hugo incarnées par de grands acteurs.»
Que le rêve soit…
Rencontre avec Nicolas Lormeau, pensionnaire de la Comédie-Française, le Samedi 30 juin 2012 à 19h00
en éventail
The Five Foot Fingers.
cirque • durée 50 mn> Domaine d’O • Sud II
Les Five Foot Fingers sont à l’image de leur appellation anglo-n’importe quoi : approximatifs, un peu de guingois, toujours au bord de la dégringolade. Du moins voudraient-ils le faire croire. Car ce cabaret-cirque où tout semble sur le point de s’effondrer est évidemment tenu dans un équilibre qui n’a d’instable que l’apparence.
Ah qu’il est difficile de passer pour patauds quand on est si adroits ! Ces cinq moustachus jouent magnifiquement de ce registre : leur show «à l’américaine» effleure la catastrophe sans jamais y tomber. Drôles, jubilant, ils disent que c’est «Broadway sur Marne avec une French camembert touch». On applaudit des cinq doigts (des pieds et des mains).
et vous ? ça va ?
Centre des Arts du Cirque Balthazar.
cirque • durée 1h00 > Domaine d’O • Grand cyprès
Avant … ils étaient architecte, jardinier, rockeuse ou sportif de haut niveau, flic, scientifique, voyageur ou businessman dans l’immobilier, ornithologue, hôtesse de l’air, femme de ménage, extraterrestre ou chanteuse en manque d’affection.
Un jour, ils ont perdu le trajet …
Et se retrouvent face à leurs turbulences intérieures …
D’excentricités pleines de risques en exploits inédits, de rencontres improbables en absurdes chahuts, ils bricolent un monde, sauvage, extravagant, trash, réenchanté, délirant, terriblement vivant.
Les stagiaires de la formation professionnelle rassemblent leurs recherches sous forme de numéros en solo, duo ou collectif, accompagnés de metteurs en piste, pour vivre l’expérience de la création d’un spectacle, aventure artistique au cœur du projet pédagogique du Centre des arts du cirque Balthazar.
inouk-etre-humain
Par l’Autre Théâtre.
Mise en scène : Aglaia Romanovskaia .
théâtre • durée 1h30 > Domaine d’O • Chapiteau-théâtre
Être humain – c’est un chemin, en tout cas, c’est ce qu’on comprend en lisant les contes inuits du Grand Nord Canadien, Sibérien et Groenlandais. Être humain – c’est être à une place précise parmi les autres éléments de notre Univers infini. Être humain – c’est une aspiration. Nous avons parcouru une grande cartographie ethnographique qui contient autant d’histoires vrais que des mythes pour en choisir quatre récits. Vous allez rencontrer la femme squelette qui renaît sous le souffle de son pêcheur, et l’homme qui part à la recherche de ces enfants perdus pour se retrouver dans les mains de la femme géante, et les chasseurs emportés par le mauvais temps en plein mer sur la glace, et la vielle chamane à qui on joue un tour et qui donne une bonne leçon à l’humanité. Tous ces récits ont été choisis pour et avec nos acteurs handicapés qui les portent avec la grâce des êtres humains.
Benicio DEL TORO, Pablo TRAPERO, Julio MEDEM, Elia SULEIMAN, Juan Carlos TABIO, Gaspar Noe et LAURENT CANTET
7 DIAS EN LA HABANA
(7 JOURS A LA HAVANE)
2h09
Benoit DELÉPINE, Gustave KERVERN
LE GRAND SOIR 1h32
Xavier DOLAN
LAURENCE ANYWAYS 2h45
Michel FRANCO
DESPUES DE LUCIA 1h43
Joachim LAFOSSE
À PERDRE LA RAISON 1h54
Adam LEON
GIMME THE LOOT 1er film 1h20
Darezhan OMIRBAYEV
STUDENT 1h30
Moussa TOURE
LA PIROGUE 1h27
Pablo TRAPERO
ELEFANTE BLANCO 1h50
Sylvie VERHEYDE
CONFESSION OF A CHILD OF THE CENTURY (CONFESSION D’UN ENFANT DU SIÈCLE)
2h00
Koji WAKAMATSU
11.25 JIKETSU NO HI, MISHIMA YUKIO TO WAKAMONOTACHI
(25 NOVEMBRE 1970, LE JOUR OÙ MISHIMA A CHOISI SON DESTIN)
2h00
Benh ZEITLIN
BEASTS OF THE SOUTHERN WILD
(LES BÊTES DU SUD SAUVAGE)
1er film 1h32