Parmi les nombreuses œuvres de musique religieuse que composa Rossini tout au long de sa carrière – la plupart étant des pages de circonstance – trois émergent pour leurs grandes qualités musicales et leur inspiration : la Messa di gloria, œuvre de jeunesse qui date de 1820 (Rossini a 28 ans) ; le Stabat Mater, composé dix ans plus tard et révisé en 1841, enfin la Petite Messe solennelle, œuvre de commande du comte Pillet-Will qui souhaitait l’offrir à son épouse et que le Cygne de Pesaro composa en sa retraite de Passy à Paris en 1863. Des trois œuvres, celle-ci est peut-être la plus originale sur le plan formel et peut apparaître comme le testament musical du compositeur. L’œuvre fut créée en 1864 dans l’hôtel particulier qu’habitait le commanditaire rue de Montcey à Paris en présence d’Ambroise Thomas, de Meyerbeer et d’Auber. C’est une messe écrite pour quatre solistes (soprano, alto, ténor et basse), un chœur mixte, deux pianos et un harmonium. Elle ne fut jouée qu’une fois du vivant de Rossini, qui toutefois, l’orchestra trois ans plus tard, un an et demi avant sa mort. Elle fut créée en public le 28 février 1869 et les deux versions (originale et avec orchestre) furent alors publiées simultanément.
C’est une des œuvres les plus achevées de Rossini, tant sur le plan de la forme extrêmement simple que de l’inspiration mélodique et de la maîtrise musicale. Cette messe est « petite » par les effectifs mobilisés et « solennelle » pour ses marches et ses tempi apaisés ; elle apparaît toute d’intériorité, pétrie d’une profonde ferveur, d’une grande délicatesse et de nuances infinies, sans aucun « forte », faisant dialoguer avec une grande subtilité les solistes et le chœur d’une part, les voix et les trois instruments d’autre part. Elle s’articule en deux parties de durées égales, chacune comprenant sept numéros qui ponctuent la messe de rite catholique. La première partie comprend successivement : le Kyrie-Christe, suivi des six moments du « Gloria » : Gloria, Gratias, Domine Deus, Qui tollis, Quoniam et Cum sancto spirito. La seconde partie débute par les trois moments du « Credo » : Credo, Crucifixus, Et resurrexit ; suivis d’une page purement instrumentale pour l’ « Offertoire » : Preludio religioso, un prélude et une fugue confiés aux pianos et à l’harmonium ; un Ritornello que joue l’harmonium constitue une sorte de prélude au court Sanctus qui suit ; la pièce suivante, O salutaris, est un ajout à la messe traditionnelle et l’œuvre s’achève sur un Agnus Dei au cours duquel l’alto dialogue avec le chœur sur un rythme de marche. Le tout prend fin sur une ample page vocale qui termine sur une note joyeuse et alerte confiée aux pianos.
Drame lyrique en trois actes et cinq tableaux, Turandot, l’opéra inachevé de Puccini, est peut-être l’œuvre la plus ambitieuse du compositeur de La Boheme, Tosca ou Madame Butterfly. Après la création du Trittico au Metropolitan Opera de New York, Puccini était à la recherche d’un nouveau sujet lorsque Renato Simoni, journaliste au Corriere della Sera, proposa d’adapter une pièce de Carlo Gozzi intitulée Turandotte (1762). Max Reinhardt l’avait montée en 1911 à Berlin avec une musique de scène de Ferruccio Busoni qui en fit un opéra créé à Zurich en 1917. Simoni fut chargé de l’adaptation en compagnie de Giuseppe Adami, collaborateur de Puccini pour ses récents opéras. Avant que d’entreprendre la composition musicale de l’œuvre, le musicien étudia avec le plus grand soin la musique chinoise pour demeurer au plus près de l’esprit de l’Empire du Milieu. Comme toujours chez Puccini, la genèse de son opéra fut laborieuse, ses librettistes faisant les frais de ses sautes d’humeur et de ses doutes. Fin 1922, les deux premiers actes étaient quasiment achevés alors que s’étaient déjà faites sentir, chez Puccini, les premières douleurs à la gorge qui se révéleraient bientôt être un cancer ; le troisième acte était très avancé : restait à composer le duo final que Puccini voulait être l’équivalent du grand duo du deuxième acte de Tristan und Isolde de Richard Wagner ! Parti pour Bruxelles afin d’y subir une radiothérapie, Puccini ne survécut pas au traitement et mourut le 29 novembre 1924, laissant son ultime chef d’œuvre inachevé. Le jeune compositeur italien Franco Alfano fut chargé d’écrire la fin du troisième acte, mais lors de la création de l’œuvre sous la baguette de Toscanini à la Scala de Milan le 26 avril 1926, le maestro posa sa baguette à la mort de Liù, là où le compositeur avait posé sa plume. Le lendemain, Turandot fut joué intégralement avec le duo et le tableau final composés par Alfano. Après avoir fait le tour du monde, Turandot fut monté aux Chorégies d’Orange en 1979, 1983 et 1997.
À l’origine de ce « conte chinois », un orientaliste français, Pétis de La Croix, ambassadeur de Louis XIV au Moyen-Orient, qui rapporta de ses séjours lointains des contes et légendes (1710). Ils inspirèrent après lui maints littérateurs ou hommes de théâtre parmi lesquels Carlo Gozzi qui fit de l’un d’eux une « fiaba cinese teatrale tragicomica » (Turandotte) qu’adapta en allemand Schiller, traduit à son tour en italien par Andrea Maffei. Puccini et ses librettistes eurent connaissance de ces diverses versions qu’ils synthétisèrent. Le livret raconte donc l’histoire de Turandot, la cruelle princesse de Chine, fille de l’empereur Altoum. Marquée par le souvenir du viol suivi de l’assassinat de son aïeule, elle a les hommes en horreur. Elle doit toutefois se marier, mais elle y met une condition : son futur époux devra résoudre trois énigmes qu’elle lui soumettra, faute de quoi le prétendant sera décapité ; c’est précisément ce qui arrive au Prince de Perse qui fut un candidat malheureux. Lors d’une bousculade devant le palais impérial, le prince Calaf retrouve son père Timur, roi déchu des Tartares, renversé naguère par l’Empereur de Chine ; il est guidé par une jeune esclave Liù ; tous trois sont là incognito. Alors que le Prince de Perse est conduit à l’échafaud, paraît la Princesse Turandot dont la beauté éblouit Calaf qui décide de demander sa main et de concourir à son tour. Les ministres Ping, Pang et Pong tentent en vain de le dissuader, tout comme son père et Liù, secrètement amoureuse de Calaf. La cérémonie des énigmes doit donc se dérouler : le vieil empereur en rappelle les règles qu’accepte Calaf qui résout les énigmes à la grande joie du peuple et des ministres, las de tant de sang versé pour le caprice de la Princesse. Mais celle-ci supplie son père de ne point la donner en mariage à l’inconnu qui propose à son tour une énigme : si la Princesse découvre son nom, il acceptera de mourir ! Sur ordre de Turandot, tout le monde se met à la recherche du nom de l’inconnu et l’on se saisit de Timur et de Liù qu’on a vus à ses côtés et qui savent probablement son nom. Pour éviter que son maître ne soit torturé, Liù avoue connaître seule le nom de l’inconnu, mais, craignant de ne point résister à la torture, elle se poignarde et meurt. Le face à face de Calaf et Turandot qui suit est terrible : Calaf déchire le voile qui masque le visage de la princesse et lui arrache un baiser passionné ; la Princesse fond alors et se laisse aller à un sentiment qui ne peut être qu’amoureux ; Calaf lui dit son nom, que la Princesse, vaincue, révèle à son père et au peuple assemblé. Ce nom est : « amour » !
Philippe Gut
Concert Lyrique
Lundi 30 juillet à 21h30
Durée du concert : 2h
Direction musicale Michel Plasson
Solistes
Diana Damrau*, soprano
Béatrice Uria-Monzon, mezzo-soprano
Orchestre National de France
Programme prévisionnel
Première partie
La Forza del Destino
Ouverture
Don Carlo
Air d’Eboli : « O don fatale »
I Capuleti e i Montecchi
Air de Giulietta : « O quante volte »
La Gioconda
Air de Laura : « Stella del marina »
I Puritani
Air d’Elvira : « Qui la voce… Vien diletto »
Semiramide
Ouverture
Linda di Chamounix
Air de Linda : « Ah, tardai troppo… O luce di quest anima »
La Favorita
Air de Leonora : « O, mio Fernando »
I Capuleti e i Montecchi
Duo Giulietta-Romeo : « Odi tu ?… Vieni, ah ! vieni »
Deuxième partie
La Damnation de Faust
Marche Hongroise
La Damnation de Faust
Air de Marguerite : « Amour, d’ardente flamme »
La Sonnambula
Air d’Amina : « Ah, non credea mirarti… Ah, non giunge »
Tosca
Air de Tosca : « Vissi d’arte, vissi d’amore »
Rigoletto
Air de Gilda : « Gualtier maldè… caro nome »
Le Corsaire
Ouverture
Les Troyens
Air de Didon : « Ah, je vais mourir »
Lucia di Lammermoor
Air de Lucia : « Regnava nel silenzio »
Lakmé
Duo Lakmé-Mallika : « Viens Mallika »
Le programme de ce concert lyrique au cours duquel se produiront deux grandes « dive » de notre temps, la soprano allemande Diana Damrau et la mezzo-soprano française Béatrice Uria-Monzon, sera essentiellement consacré à la musique italienne romantique du XIXe siècle, de Rossini à Verdi et Puccini et de Donizetti à Bellini. Il ne négligera pas pour autant la musique française de cette même époque dont on entendra quelques pages significatives signées Berlioz ou Delibes. Hommage au bel canto italien tel qu’il s’est déployé durant la première moitié du XIXe siècle avec un salut au maître en la matière, Rossini (ouverture de son opera-seria Semiramide). Suivra un florilège d’airs puisés au sein du répertoire lyrique de ce temps qu’illustrèrent brillamment Donizetti (Linda di Chamounix, La Favorita et Lucia di Lammermoor) et Bellini (duo Giulietta-Romeo de I Capuletti e I Montecchi, airs d’Elvira de I Puritani, et d’Amina de La Sonnambula). Plus tard, leurs émules eurent pour nom, Verdi, d’abord représenté par trois œuvres majeures (ouverture de La Forza del Destino, airs d’Eboli de Don Carlo et de Gilda de Rigoletto), puis Puccini (le « Vissi d’arte » de Tosca). Parallèlement, des compositeurs français, tels que Berlioz (avec l’ouverture du Corsaire, la Marche hongroise et l’air de Marguerite de La Damnation de Faust, ou celui de Didon des Troyens) ou Delibes (le célèbre duo Lakmé-Mallika de Lakmé) conférèrent au répertoire hexagonal toute son originalité. Ce sont des œuvres caractéristiques dans lesquelles s’illustrèrent (en les créant) les plus grandes cantatrices, tant italiennes que françaises, qui hantaient alors les scènes lyriques : Giulia et Giuditta Grisi, Giuditta Pasta, Rosine Stolz, Eugenia Tadolini, Hariclea Darclée ou Teresa Brambilla dont on a gardé le souvenir. Côté français, nous retrouvons Hortense Duflot-Maillard, Pauline Mailhac, Marie van Zandt ou Lison Frandin dont la mémoire est parfois moins vive, mais qui marquèrent durablement les rôles qu’elles incarnèrent. Les personnages que campèrent ces « dive » étaient si forts dramatiquement et musicalement que toutes les grandes cantatrices veulent encore les incarner ; pour le plus grand plaisir des « dilettanti » ou plus simplement des mélomanes…
Philippe Gut
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