Festival de Marseille: Opéra-Musique
juin 27, 2008 in Musique by admin boxartist
A l’image de Marseille, le Festival s’est construit sur une identité pluridisciplinaire au goût de voyage, de métissage et de partage.
Reflet autant que vecteur de la création contemporaine, le projet est devenu en peu d’années un rendez-vous culturel à forte identité.
Nous vous communiquons ici les rendez-vous concernant la Musique et l’Opéra.
Opéra visuel
vendredi 27 juin
hangar 15 – port autonome
22h / durée 80 minutes
Hotel pro forma
operation : orfeo
Opéra visuel en trois mouvements…
Crescendo : mystérieux, fantasmatique, hypnotique.
Operation : Orfeo fait partie de ces oeuvres totales, auxquelles rien ne fait défaut, car c’est la force du parti pris qui appelle, rassemble et agence les matériaux artistiques. La forme semble découler naturellement du fond. Ici, la virtuosité du choeur des douze chanteurs, la majesté graphique du décor, la grâce des déplacements, le choix du répertoire (de Gluck à John Cage, en passant par Bo Holten), tout concourt à l’architecture d’une pièce inclassable, unique.

Le déroulement de la pièce s’inspire du mythe d’Orphée.
Inconsolable après la mort de son épouse Eurydice, Orphée décide d’aller la chercher aux Enfers. Emue par sa plainte lyrique, la reine des Enfers lui promet le retour de sa femme, mais impose une condition : qu’il marche devant la captive jusqu’à la lumière sans jamais se retourner pour la regarder. Orphée accepte, mais, en chemin, son incrédulité grandit et l’envie de vérifier la présence d’Eurydice derrière lui devient irrésistible.
Le spectacle adapte audacieusement ce parcours dans les ténèbres, en débutant dans le noir complet. La voix des chanteurs envahit l’obscurité. Privée de la vue pendant un long moment, notre ouïe s’aiguise jusqu’à devenir perçante, sensible à la matière même du son, à la texture charnelle des voix. Telle une brise, tour à tour piquante et envoûtante, la musique nous fait tressaillir, ou nous enveloppe d’une douce torpeur.
Et la lumière est ! Dès lors se développe un panel de tableaux vivants que composent des silhouettes couronnées, découpant l’espace et les couleurs. La succession des gammes chromatiques transfigure le climat, comme si des calques recoloraient les paysages scéniques. Il faut dire que l’équipe danoise Hotel Pro Forma n’en est pas à son galop d’essai. Internationalement connue pour sa très haute technologie et son acuité des images de plateau, elle met ici son savoir-faire au profit d’effets hallucinatoires.
Cette partition optique et chorale happe, subjugue jusqu’au final, où une surprise visuelle déferle sur le public !
Musique et Voix
vendredi 27 juin
hangar 15 – port autonome
21h / durée 15 minutes
accès réservé aux spectateurs de operation : orfeo
Compagnie Geneviève Sorin
Troublée
Troublée est une pièce courte pour un accordéon et pour une voix, deux lignes musicales qui divaguent, s’enlacent et se détachent tour à tour.
Initialement, c’est un des morceaux composés par Raymond Boni pour le spectacle de Dominique Bagouet Meublé Sommairement en 1989, qui s’appuie sur un livret extrait du roman d’Emmanuel Bove Aftalion, Alexandre. La séquence chorégraphique qui lui correspondait, « Le malaise de Louise », mettait en scène une danseuse, une comédienne et une accordéoniste, Geneviève Sorin.
Elle la revisite ici selon une trajectoire purement musicale et invite au chant Danièle Ors-Hagen. Ainsi relue, elle se cristallise en un petit fragment de plaisir sonore. L’isolement visuel des deux voix, chantée et instrumentale, découpe un halo de liberté dans l’écoute, accentue le trouble musical.
Le chant fait d’étonnants ricochets à la surface de la musique, l’effleurant ou la heurtant, puis y plongeant.
musique, danse, théâtre
samedi 28 juin et dimanche 29 juin
théatre nono – campagne pastré
22h / durée 90 minutes
T.R.A.S.H.
ísa
Un conte scandinave de toute beauté, « mis en danse » par la jeune compagnie néerlandaise dont la découverte a marqué le Festival de Marseille 2007.
La légende d’ísa, Reine des Neiges, a séduit le groupe T.R.A.S.H. par son paysage envoûtant et contrasté. Pur et coupant, velouté mais douloureux, ce conte aborde en profondeur les thèmes de la séparation, des adieux, du pardon, de la rupture et de la réconciliation.
La pièce met en scène ísa derrière les hauts murs de sa tour d’ivoire. Son secret se révèle aux spectateurs par bribes, par fulgurances qui, comme des éclairs, percent les fenêtres de sa maison abandonnée. Ses pleurs de glace traversent la brume. Un grand jour se lève alors sur la vie, ses non-sens, tout ce qui peut disparaître, s’écrouler sans raison, tout ce qui nous échappe et nous forge.
De fait, ísa incarne le sort humain. La métaphore de la glace, filée de bout en bout, s’applique en effet à chacun de nous : il y a devant notre glace, notre apparence, et il y a derrière. Il y a ce qui peut briser cette glace — les souffrances de la séparation en l’occurrence — et l’étrange, la singulière façon dont cette glace se recompose, en figeant ces bris de mémoire en filaments.
À partir de ce symbole fort, les interprètes ont puisé dans leur propre mémoire les instants pétrifiés, dans leurs propres fêlures, leurs souvenirs gelés, en quête d’une danse à la fois blanche et brûlante. Prenant sa source à la fois dans cette intimité autobiographique et dans l’énergie rageuse de la danse, l’atmosphère atteint son climax, entre le vide et le plein, entre l’explosion et la paix.
Celles et ceux qui auront été conquis par les spectacles Pork in Loop et To File For Chapter 11 en 2007 y retrouveront avec bonheur la griffe acérée des danseurs, leur fougue, ici dépouillée de sa violence pour se soumettre à une histoire plus nuancée. Leur engagement aigü, filtré au tamis d’un conte venu du Nord, se change en une subtile fusion de neige et de feu.
théâtre, musique, danse
vendredi 4 juillet
théâtre nono – campagne pastré
22h / durée 75 minutes
Nico and the navigators
Bien que je te connaisse
Une mosaïque colorée de théâtre, musique et danse, autour du motif de l’amitié.
Le jeune collectif allemand Nico and the Navigators s’est déjà imposé, avec ses premières pièces, comme l’un des groupes émergents les plus originaux et excentriques de la scène pluridisciplinaire. L’étoffe des divers talents et des tempéraments que la compagnie réunit — violoniste, pianiste, comédiens, danseuse, équilibriste, scénographe, metteur en scène — lui permet de s’offrir un processus de création assez rare. Il s’agit avant tout de choisir l’humeur d’une scène, de provoquer des sensations, d’évoquer telle ou telle situation et, dans un second temps seulement, de choisir le matériau : plutôt musique, plutôt théâtre ou plutôt danse, en lissant les improvisations. Ici, leur kaléïdoscope s’articule autour du thème de l’amitié.
Ni genre, ni narration ne conduisent la pièce, mais des climats pleins d’émotions se déploient en une foule de micro-scénarios, qui rappellent à tous des moments vécus. Car, dans la vie, tout part aussi parfois dans tous les sens. Tout n’est pas linéaire. Alors, pourquoi le théâtre le serait-il ?
Hilarante, émouvante, coquine ou cocasse, chaque scène entre les quatre personnages décrit ou décrypte une relation d’amitié, une situation qui peut partir en vrilles, être court-circuitée, se gonfler de bouffées délirantes.
Petites catastrophes ordinaires de l’amitié, explosion en vol du copain qui commet quelque bourde en voulant éveiller l’intérêt des autres, les scènes sont à la fois drôles, givrées, mais puissantes et poétiques. Quant au texte, Nico et les Navigators s’appuient, entre autres, sur des correspondances d’artistes que liait une profonde amitié : Schiller et Goethe, Wagner et Nietzsche, Hermann Hesse et Thomas Mann, sans toutefois imposer ces références. Les phrases, ainsi extraites deleur contexte, s’érigent gaiement en proverbes, jalons des délires verbaux des acteurs, et soulignent l’universalité de quelques traits caractéristiques de l’amitié.

Ces multiples strates sédimentent un spectacle comme on les aime, à plusieurs entrées. Un acteur « so british » tient la corde de l’humour, l’équilibriste-contorsionniste détient les points de bascule d’une tonalité à l’autre, la musique maintient le suspense , le tout s’emboîte dans une scénographie diablement intelligente… De ces vifs éclats d’art qui éblouissent en parlant de la vie, sans jamais la calquer, on ressort doublement joyeux : touché par l’espièglerie qui émane du spectacle en lui-même, gagné par le plaisir d’observer que le théâtre garde cette force unique de susciter tant d’émotions.
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