A l’image de Marseille, le Festival s’est construit sur une identité pluridisciplinaire au goût de voyage, de métissage et de partage.
Reflet autant que vecteur de la création contemporaine, le projet est devenu en peu d’années un rendez-vous culturel à forte identité.
Nous vous communiquons ici les rendez-vous concernant la Danse.
Dimanche 29 juin
hangar 15 - port autonome
22h / durée 110 minutes
Anne teresa de keersmaeker - rosas
zeitung
Ciselée de main de maître, une fine dentelle de danse en hommage à Bach.
Anne Teresa De Keersmaeker, figure majeure dans le paysage de la danse et le pianiste Alain Franco relèvent, en compagnie de neuf danseurs, un défi de taille : incarner, sur un plateau, la musique de Bach, dans toute son étrangeté.
La quête de perfection d’Anne Teresa De Keersmaeker et d’Alain Franco n’interdit ni la distance, ni la dérision. Ainsi, la danse, dans son vocabulaire d’ondulations, des pieds aux poings, de la nuque au menton, joue d’emprunts à d’autres styles, hip-hop, flamenco, tango, pantomime… comme cette séquence qui laisse entrevoir des danseurs hors champ regardant leurs camarades danser, et trépignant d’impatience que leur tour arrive, tels des footballeurs sur un banc de touche.

Avec le même humour, Alain Franco, qui interprète magistralement en live la musique de Bach, n’hésite pas à déclencher négligemment, entre deux partitions, la sono installée à ses côtés, qui diffuse alors les envolées lyriques de Webern et de Schönberg. Le plateau, quant à lui, avec son lino noir à la mode, déroulé comme un tapis rouge sur un parquet de bal, n’est pas sans évoquer les luttes de pouvoir entre danse classique et danse contemporaine… Un réseau de clins-d’oeil que chacun peut voir ou non, interpréter comme bon lui semble, mais qui reste accessoire à côté des sensations pures, communes à tous, que livre cette pièce subtile et dansée, cette oeuvre à la fois plastique et touchante, dans la droite lignée d’un Bach.
lundi 30 juin
hangar 15 - port autonome
22h / durée 80 minutes
Anne teresa de keersmaeker - rosas
Fase, four movements to the music of steve reich
l y a 26 ans, la chorégraphe créait une pièce qui allait bouleverser l’histoire de la danse : Fase, four movements to the music of Steve Reich. À (re)découvrir. L’ancienne élève de Mudra, l’école de danse de Maurice Béjart, imposa, dès ses premières pièces, son style propre, fruit original de sa formation européenne et de sa découverte de l’univers new-yorkais. Internationalement reconnu comme un virage de la danse, le duo Fase s’érige en pilier de tout un travail de la chorégraphe et de sa compagnie Rosas, marqué par une impressionnante série de pièces, nouant inextricablement les lianes de la danse et de la musique.
À l’occasion de l’accueil du dernier opus en date : Zeitung, le Festival de Marseille invite Anne Teresa De Keersmaeker à remonter et à danser Fase, afin d’offrir au public marseillais (qui a aussi pu voir Rain en 2001, Mozart/Concert Arias en 2004, Raga for the Rainy season et A love supreme en 2005) deux éclairages différents sur le parcours d’une immense chorégraphe.
Dans son principe même, “Fase” est un duo minimaliste, au sens où la danse s’épure pour retourner radicalement à son essence : le travail du geste, en particulier celui du pied, le pas, dans son affinité avec la musique.
En harmonie totale, vêtues de robes simples, rondes, les danseuses, dont l’aura et la dextérité font frissonner, s’adonnent à un exercice de danse intimement habité par la musique de Steve Reich, lancinante, obsédante, implacable.
Telles les petites poupées des coffrets à musique, elles sont comme emportées par le métronome de la partition, et déploient un éventail de pas, éblouissant de rapidité et de synchronie.
Quand Anne Teresa De Keersmaeker danse pour vous une pièce déterminante de son répertoire, c’est un moment incontournable.
mercredi 2 + jeudi 3 juillet
hangar 15 - port autonome
22h / durée 90 minutes
Emio Greco & Pieter C. Scholten
hell
Un euphorisant cocktail de danses, au gré de mélodies cultes.
L’accueil dans la salle a de quoi surprendre : chaque interprète se déchaîne, chantant en play-back sur des morceaux qui, quelles que soient nos amours musicales, participent forcément de notre culture, pièces d’anthologie des discothèques, indispensables pour “mettre l’ambiance”. Les dix danseurs sont-ils en train de “chauffer la piste” ?
Pas seulement : ces explosions faussement anarchiques, ces shows, ces flammes solitaires, vont se réunir pour danser ensemble.
De Pink Cadillac, We’ll be together, Sing sing sing, jusqu’à… la Cinquième de Beethoven, les morceaux se succèdent selon le principe du juke-box, déclenchant une nouvelle tonicité, un élan de joie, une nouvelle chorégraphie, un jeu de projecteurs.
Où est donc l’enfer (hell) sous ces sunlights ? Les longues robes noires à paillettes s’apparentent à des tenues de soirée, plus que de deuil ! Certes, un tango macabre, des jeux d’ombre dessinant des silhouettes spectrales, une variation autour du butô japonais, dont l’élasticité détonne avec la vivacité des amorces sportives des autres séquences, instillent un petit goût d’enfer dans cette potion festive.
Ce grand brasier crépite d’autant de styles de danse. Entre musique et danse, se glisse parfois quelque décalage décapant : une scène de claquettes… pieds-nus , une comédie musicale… virant au hard rock !

dimanche 6 juillet part one+0
hangar 15 - port autonome
22h / durée 80 minutes
Michael Clark Company
Stravinsky Project
Part one
Écrire une danse arquée, tendue, sophistiquée, jouer de l’élégance de pointes subliminales sur de la musique rock ou punk (Sex Pixtols, Iggy Pop, etc…), c’est là tout le génie de Michael Clark, qui lui vaut sa renommée internationale.
Il en offre, sous le titre Part one, une composition originale, en lever de rideau sur les deux pièces présentées cette année, la première et la toute dernière de sa trilogie autour de Stravinsky.
Saccadés ou fluides, animaux ou végétaux, les mouvements contemporains se mêlent parfaitement à la gestuelle classique. Le dessin des déplacements, tout implacable qu’il est, surprend sans cesse. Les assemblages entre corps, espace scénique, objets et musique sont décadrés, dissonnants, fantaisistes.
O variation autour d’apollon musagète de stravinsky
Sur un plateau gris pâle où seule trône une structure cubique en plexiglass, dans la pleine symphonie, lumineuse, ronde en ouïe de Stravinsky, pénètre une silhouette cambrée, en combinaison collante anthracite et noire. Cette première scène donne le ton. La finesse du design n’exclut pas l’humour — couleurs sobres s’acoquinant aux teintes acidulées, formes pointues à la Star Trek s’apprêtant aux objets les plus raffinés. L’art de la ligne couvre tout le spectre des possibles, des arètes acérées du décor aux courbes des corps vrillés, évoluant sur demi-pointes : Clark est sans nul doute un chorégraphe des contrastes.
Le temps d’une hypnotique série de duos, trios ou solos juxtaposés, les ondulations des danseurs attrapent prodigieusement le regard, au point qu’on en avait presque oublié le cube, soudain rappelé à notre mémoire sous une douche de lumière. Un danseur apparaît alors en son centre. Les jeux d’opacité et de transparence, de lumière et de matière, font de la structure une magnifique chrysalide qui sert une métamorphose. À l’intérieur du cube, chacune des parois offre un miroir au danseur : leur agencement plie, démultiplie, géométrise ses mouvements, déroutant palais des glaces.
Clark a le chic de l’anamorphose : en déplaçant le point de vue, il offre une image unique, qui change tout de la danse. Le plateau se transforme en surface laiteuse. En fond de scène, un mur du même blanc, découpé de portes articulées sur pivot, avale ou laisse surgir à vive allure les six danseurs, en habit blanc brillant.
Ces corps blancs sur fond blanc ne sont pas sans rappeler le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch. On pense aussi assez volontiers à Kandinsky : la petite histoire veut qu’il ait découvert l’art abstrait en accrochant un tableau à l’envers. Ne dirait-on pas que Clark pose les danseurs à l’envers sur le plateau, tête en bas, inventant une danse non figurative ? Il y a aussi du Mondrian dans la persévérance du déplacement des corps jusqu’à l’endroit juste, parfait. Ce petit carré rouge qui bouge de tableau en tableau jusqu’à se tapir à l’endroit idéal, on le retrouve ici, dans la tache de couleur ou de matière, qui s’acharne à trouver sa place.
lundi 7 juillet part one + I do
hangar 15 - port autonome
22h / durée 80 minutes
Michael Clark Company
Stravinsky Project
“I do” variation autour des noces de stravinsky
Le nouveau et dernier volet de la trilogie de Clark s’ouvre avec un document vidéo rarissime : une très simple captation de Stravinsky dirigeant un orchestre. À l’opposé du cliché du chef d’orchestre qui gesticule, l’éloquence de Stravinsky passe par des mouvements contenus, précis, émus. Un simple battement de paupière, parfois. Flegmatique dans la posture, il exhale la passion. Il meut et est mu.

Hommage à Stravinsky, chair d’orchestre, le film saisit la danse de son visage. Cette transe intérieure semble servir de fil d’Ariane à Clark pour venir habiter le plateau. À cour, une danseuse sort lentement d’un sarcophage. Sur le plateau se dessine une croix d’église, qui accueille les performances délirantes des danseurs, aux corps enturbannés tels des morts vivants sortis d’un film ou enserrés dans des costumes chair, pris au piège, tantôt de la vie, tantôt de la mort, selon le rôle, selon le sort.
S’ensuit un bal foutraque de momies contemporaines ; si ces noces sont mortuaires, le rite de passage est quant à lui haut en couleurs ! Jetant négligemment les bouquets de mariage pour brandir le poing, les interprètes composent une noce peu orthodoxe.
En mécaniques et minutieux escadrons, les danseurs déclinent des motifs militaires parmi les voix et d’improbables gongs, jusqu’à l’apparition d’une mariée en « robe-cercueil » aux airs de meringue. Pièce montée au tableau final totalement génial.
Mardi 1er juillet
Ballet National de Marseille
19h30 / durée 70 minutes
Ecole Nationale Supérieure
de Danse de Marseille
classe d’insertion professionnelle (CIP)
Approcher les Sylphides
Cette pièce transpose Les Sylphides, premier ballet “moderne” chorégraphié par Michel Fokine, en 1909, alors sous l’influence de la grande Isadora Duncan.
Libération du geste expressif, abandon de la narration, c’est une nouvelle poétique de la fluidité et de l’évanescence qui voit le jour, puisque la Sylphide représente cette âme insaisissable qui perd ses ailes et meurt lorsque son amoureux, enfin, la saisit.
Transposition chorégraphique: cynthia la baronne, mireille bourgeois, jean-christophe paré / musique frédéric chopin
Juste sur la Pointe
Ici, l’imaginaire corporel des interprètes de la danse classique, l’exploration de leur manière singulière d’habiter le corps, deviennent des pistes de réponses. Comment repenser la pointe, cette trace inscrite au plus profond du corps, prolongement de l’axe de gravité ?
> composition chorégraphique claudine zimmer, christian canciani, jean-christophe paré / avec la complicité de michel kelemenis / sons et bruitages d’ateliers h. dutilleux, a.berg, o. stalla
Création
Des femmes dansent et résistent au travers de leur danse, faisant étrangement écho au New Dance Group, replaçant leur corps dans l’histoire, réincarnant leur patrimoine.
> composition chorégraphique: rita quaglia
Des Oiseaux (encore et toujours…)
Du Lac des cygnes à la pièce Beach Birds de Merce Cunningham, sur une composition de John Cage, les oiseaux du passé, échappés de l’esprit d’un prince, viennent se réfléchir et se diffracter dans l’espace de l’abstraction contemporaine. L’envol comme “clé corporelle” permet de se soustraire au réel.
> composition chorégraphique: jean-christophe paré / musique five stone wind de john cage, sud de jean-claude risset
vendredi 4 juillet
Ballet National de Marseille
19h30 / durée 60 minutes
Fabrice Lambert
d’eux

Dans les interstices entre les mondes, Fabrice Lambert invente le sien et danse dans un rai de lumière. Une bulle d’air.
En 2007, le Festival de Marseille présentait la pièce Gravité, feuillet de l’Abécédaire (ou les plaisirs réguliers du spectateur) imaginé par Fabrice Lambert, panel de vingt-six courtes pièces inspirée de mots-clés de la danse. Le danseur, évoluant sur une nappe d’eau, se reflétait sur un écran blanc, miroir révélant peu à peu un corps qui semblait d’abord flotter sur cette toile. Tableau dansé, pictural et aqueux.
D’eux comme 2 !
La nouvelle création de Fabrice Lambert, tend bien à le confirmer en inventeur d’une danse aérienne, libérée des forces de gravité. Continuant sa recherche sur le vertige, il retrouve cette fois la matérialité du corps. De fait, la force des spectacles de Lambert provient peut-être de ce qu’elle est souvent leur sujet. Gravitationnelles ou cinétiques, les forces conduisent le corps vivant à faire avec (ou contre) des contraintes intrinsèques à l’espace pour se forger sa place.
Sa nouvelle création s’avère à nouveau très visuelle, accompagnée de ce graphisme particulier qui ne refroidit pas sa danse, mais en exacerbe au contraire la sensualité.
jeudi 10 juillet + vendredi 11 juillet
Ballet National de Marseille
19h30 / durée 55 minutes
karine ponties dame de pic
Holeulone
Une fantastique fusion de danse et de peinture animée.
Projetées en plongée, des peintures à l’encre éclatent sur un plateau surmonté d’une structure en bois à clapets, dont s’extirpent deux danseurs, petits animaux sortant d’un terrier. Les danseurs se fondent dans les teintes fugaces, bercés par des vagues d’images, roulent dans leur ressac, s’enveloppant de leur couleur sépia, comme peints et repeints en direct.
La subtilité de la création musicale s’accorde à l’animation pour souligner une danse qui relève, pour ainsi dire, de la performance acrobatique. En effet, la précarité des équilibres sur cette structure biseautée pousse les danseurs à s’arrimer l’un à l’autre.
La danse rejoint la peinture : picturale et mouvante, figurative et abstraite.
Comme née d’un songe, la pièce laisse de merveilleuses images au fond des yeux.
samedi 5 juillet
ballet national de marseille
19h30 / durée 60 minutes
tchèq’up ! 1
arcanum + on a perch + hechizada de luxe + gradina
mardi 8 juillet
théâtre nono - campagne pastré
22h / durée 60 minutes
tchèq’up ! 2
mi non sabir + the last step before
mercredi 9 juillet
théâtre nono - campagne pastré
22h / durée 60 minutes
tchèq’up ! 3 kevel + on a perch + gradina
Trois soirées sous le signe tchèque
Tchèq’up !
Véritable festival dans le festival: coup de projecteur sur la jeune danse tchèque propose un petit panorama de ses nouvelles tendances.
Avis aux curieux, avides de se faire une idée de la création venue d’ailleurs.
De Mi non sabir, pièce de Karine Ponties pour quatre danseurs tchèques, aux solos, duos ou quatuors imaginés par ces mêmes danseurs ou d’autres jeunes talents, six courtes pièces, réparties en trois soirées offrent l’occasion d’embrasser, en deux temps, trois mouvements, la génération qui émerge en République Tchèque, terre de danse particulièrement fertile, grâce à des structures comme le Tanec Praha et le théâtre ponec qui savent encore laisser le temps aux artistes de créer.
Ces jeunes chorégraphes tchèques partagent un univers un brin enfantin, un peu cartonné, associé à une danse sportive, perfectionniste, généreuse et théâtrale, laissant une part belle à la musique.

Mais chacun a son tempérament, à découvrir ! Tchèq’up programme initié par le Festival de Marseille, pérennise une collaboration qui vient d’être saluée par la Saison culturelle européenne : “La Saison culturelle européenne rend hommage à la vitalité des échanges européens initiés par le Festival de Marseille, illustrés notamment par la découverte de la jeune scène chorégraphique tchèque, alors que la République Tchèque assurera à son tour, après la France, la présidence de l’Union”.